DNA : Prendre l'argent des profits
Jeanne-Françoise Langlade : « Quand j'étais gamine, maman m'appelait Charlotte Corday. »
Jeanne-Françoise Langlade représente les couleurs de Lutte Ouvrière (LO). Cette Franc-Comtoise de Montbéliard est rodée aux élections, ayant déjà été candidate dans les Vosges. À l'instar de son héroïne préférée, Arlette Laguiller, elle manie à l'envi le vocabulaire révolutionnaire.
Ses réponses au questionnaire de Proust :
Votre vertu préférée ?
La fidélité.
La qualité que vous préférez chez quelqu'un ?
La droiture.
Ce que vous appréciez le plus chez vos amis ?
L'humour.
Votre principal défaut ?
Quand j'ai une idée politique dans la tête, il est difficile de me faire changer d'avis.
Votre occupation préférée ?
Lire.
Votre rêve de bonheur ?
Je voudrais voir le monde entier comme la fête de Lutte Ouvrière à Presles.
Quel serait votre plus grand malheur ?
De connaître la guerre.
Ce que vous voudriez être ?
Députée Lutte Ouvrière bien sûr.
Le pays où vous désireriez vivre (hors de France) ?
N'importe où, pourvu qu'il y ait des gens.
La couleur que vous préférez ?
Le rouge, mais ce n'est pas étonnant, parce que ma mère m'habillait toujours en rouge quand j'étais petite.
La fleur que vous aimez ?
L'églantine : elle est associée à la ville de Fourmies, où il y a eu une répression féroce en 1891 contre les mineurs en grève.
L'oiseau que vous préférez ?
L'hirondelle.
Vos auteurs ou poètes favoris ?
J'ai beaucoup lu Marx, Trotzsky et Lénine, et je reviens régulièrement sur leurs ouvrages. À part cela, je lis tout ou presque. Je suis une grande liseuse depuis que je suis petite.
Vos héros dans la fiction ?
Pinocchio, car quand il ment, cela se voit.
Vos compositeurs ou musiciens préférés ?
Tchaïkovski, notamment avec sa Symphonie Pathétique, et Erik Satie.
Votre peintre favori ?
J'ai un style que j'affectionne, c'est celui des Impressionnistes. Et pour ses représentants, c'est surtout Pissarro et Seurat.
Vos héros de la vie réelle ?
Arlette Laguiller, ma copine. Je la connaissais avant 1974.
Vos héros dans l'histoire ?
Louise Michel, sous la Commune.
Ce que vous détestez par-dessus tout ?
Le mensonge.
Les personnages historiques que vous méprisez le plus ?
Adolphe Thiers, car il fut le massacreur de la Commune, notamment lors de la Semaine sanglante de mai 1871.
La réforme politique que vous estimez le plus ?
Le droit à l'avortement et le droit de vote aux femmes.
Le don de la nature que vous voudriez avoir ?
... C'est difficile de répondre : voler ? Courir très vite ? Ou alors écrire aussi vite que je parle !
Votre état d'esprit actuel ?
La colère. Je suis en colère contre tout ce qui se passe, les injustices, les mensonges qu'on veut nous faire avaler.
Les fautes qui vous inspirent le plus d'indulgence ?
La naïveté. Je veux bien pardonner, mais quelquefois, ça devient énervant.
Votre devise ?
Aller de l'avant.
BIO EXPRESS
Jeanne-Françoise Langlade, 66 ans, née à Besançon, habite à Montbéliard. Ancienne conseillère d'orientation-psychologue, elle a déjà été candidate LO dans les Vosges. « Ma mère m'appelait toujours Charlotte Corday, car je n'étais jamais d'accord. Pourtant j'étais une gentille fille. J'ai connu Voix Ouvrière (ancien nom de Lutte Ouvrière : NDLR) en 1967. J'ai fait mes premières « dif » (diffusions de tracts : ndlr) devant les portes de Sochaux, où il y avait 45 000 ouvriers, puis 1968 est arrivé : j'étais à l'université, en fac de psycho. J'ai travaillé à Montbéliard en 1969, une ville ouvrière. J'ai fait un mémoire sur Peugeot. La famille Peugeot était protestante : leur politique était d'embaucher peu de femmes : elles devaient être au foyer. Les rares qui travaillaient étaient en atelier Garnitures, comme petites mains.
J'étais étonnée de découvrir cette position très réactionnaire. À LO, j'ai suivi toutes les arrivées des travailleurs qui venaient de Yougoslavie, de Turquie du Portugal... Aux portes de l'usine, on entendait parler les langues nouvelles. J'ai participé à la rédaction du bulletin hebdomadaire de Lutte Ouvrière. On publiait même quelques articles en serbo-croate, ce qui a contribué à l'éducation politique de cette masse d'ouvriers et les a éclairés sur leurs intérêts. Tout cela a créé une conscience, et gêné le patronat. Après, les arrivées de Yougoslaves ont cessé : ils s'intégraient trop bien à la lutte des classes. Les grèves de 1981 et de 1989 me laissent des souvenirs : on a vu une belle solidarité dans les ateliers, qui a permis au mouvement de durer. Et les grévistes ont obtenu finalement une augmentation.»
Le suppléant
Jean Meyer, 57 ans, demeure à Strasbourg. Il est professeur de mathématiques et sciences physiques en section professionnelle du lycée Louis-Marchal de Molsheim depuis 1989. Le suppléant de Jeanne- Françoise Langlade n'est pas un inconnu en politique. Il a déjà été candidat comme titulaire dans la circonscription en 2007, et auparavant comme suppléant. « Dès ma jeunesse, j'ai été convaincu qu'il fallait une société bien meilleure pour les humains, afin que leurs merveilleuses qualités puissent se développer mille fois plus que dans cette société qui réduit les humains à lutter les uns contre les autres. Le seul moyen de supprimer ces effets pervers, c'est d'en gommer la cause, qui est le système capitaliste. » Entré en politique à l'âge de 18 ans, à Lutte Ouvrière, Jean Meyer explique qu'il est « tombé sur le bon parti. ».
« Il est difficile de détailler nos activités politiques, car cela fait partie
intégrante de notre vie », explique encore celui qui dit s'être engagé dans cette campagne électorale aux côtés de Jeanne-Françoise Langlade « parce qu'il y a urgence à imposer des mesures à la classe capitaliste pour défendre les travailleurs. Ainsi les exploités pourront reconstituer une force politique qui lève le drapeau de l'émancipation sociale. »
NE PAS LAISSER LE RÔLE DE L'OPPOSITION À LA DROITE
❏ L'interdiction des licenciements et une répartition du travail entre tous sans baisse de salaires.
« Quand on regarde ce qui se passe, on s'aperçoit que des plans de licenciements ont été mis à l'arrêt (Carrefour, Lohr, PSA, dans l'aviation...) avant les élections. Maintenant ça va exploser. Les véritables patrons de l'économie, ce ne sont pas les partis politiques, mais les banquiers, les grands groupes industriels et financiers, le grand patronat. Ceux-là, on ne les élit pas. Il y a deux hypothèses : soit Hollande va faire le travail qu'ils vont lui demander de faire, ou alors il va interdire les licenciements. Mais ça, il ne va pas le faire. Hollande peut bien prendre des lois du type sociétal (mariage homosexuel, etc.), mais ça ne touche pas à l'économie. Nous, nous disons non à l'austérité pour les travailleurs, qui n'ont pas à payer la crise, la dette. Si on interdit les licenciements, il y aura répartition du travail entre tous, mais sans baisse de salaires : il faudra prendre l'argent sur les profits. »
❏ L'augmentation des salaires, des retraites et des allocations.
« Nous avançons le chiffre de 1 700 euros nets minimum pour le SMIC, avec une augmentation de fait du salaire chaque fois que les prix augmentent. C'est l'échelle mobile des salaires. Il y a de l'argent. On prendra sur les profits actuels et passés amassés par tous les grands groupes financiers et indus- triels. Je pense à l'État, qui est le premier employeur. Il a aussi été un des premiers licencieurs, notamment en ne remplaçant pas les départs à la retraite. On voit ce que ça donne comme dégâts dans les hôpitaux, dans l'Éducation nationale qui doivent apporter un service à la population et ne sont pas là pour faire du profit. On parle de croissance, mais la croissance passe par la création d'emplois, par l'État lui-même. Je pense aussi à la construction de logements sociaux. L'État pourrait créer des emplois sans passer par des groupes de constructeurs. Salaires, retraites et allocations doivent être indexés sur la hausse des prix. »
❏ Le contrôle des comptes des entreprises par les classes populaires.
« Cela passe par la suppression du secret industriel, bancaire et commercial. Ces mesures permettraient aux travailleurs de savoir où va l'argent. Finalement d'empêcher les capitalistes de préparer leurs mauvais coups en douce. Je pense au cas de PSA Aulnay, en juin 2011. Une information était venue à la CGT. C'était une indiscrétion, et elle a permis de faire savoir au public que PSA avait prévu de fermer Aulnay, Madrid et Sevelnord, dans le Nord, en septembre 2012, après les élections. Ça devait faire disparaître 3 400 emplois à Aulnay, ce qui aurait alourdi le travail à Mulhouse et Sochaux. Aulnay n'a pas été fermé, mais c'est en discussion avec le gouvernement. Les ban- quiers savent tous sur nos comptes mais nous on ne sait rien sur eux. On ne veut pas laisser la place de l'opposition à la droite et l'extrême droite : il faut que les travailleurs remplissent ce rôle à travers les luttes. »
© Dna, Vendredi le 08 Juin 2012 / Région
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