Sud Ouest :  Entretien avec Nathalie Arthaud : "résister encore"

Article de presse
08/09/2011

Mercredi 7 septembre 2011.

Recueilli par Jean-Pierre Deroudille

Candidate de Lutte ouvrière à l'élection présidentielle, Nathalie Arthaud n'épargne pas les socialistes dans ses critiques.

« Sud Ouest ». Vous êtes professeur d'économie en lycée. Le programme ne correspond pas vraiment à vos opinions politiques ?

Nathalie Arthaud (1). Le programme de l'Éducation nationale, c'est aussi de former l'esprit critique, de faire réfléchir et de développer des arguments contradictoires, donc je m'emploie aussi à cela.

En 2002, Arlette Laguiller avait obtenu un score de 5,72 %, et seulement 1,33 % en 2007. Aujourd'hui, le challenge est difficile ?

En 2002, le contexte était particulier, les travailleurs avaient encore conscience de leurs forces après les grandes luttes de 1995. Le programme d'Arlette Laguiller pouvait convaincre davantage.

Fin août, Philippe Poutou, le candidat du NPA, estimait au contraire que l'état d'esprit était à la résignation ?

Aujourd'hui, les travailleurs ne voient pas comment se défendre, mais il ne faut pas s'en étonner non plus.

Cela fait trois ans qu'ils prennent des coups. Dans cette crise, les capitalistes, les traders, les banquiers, les gros actionnaires ont été protégés par l'État, qui les a renfloués et a mis des milliards à leur disposition, alors que les travailleurs ont été livrés au chômage et à la misère.

Regardez la campagne et le chantage à la dette de l'État. On nous explique du matin jusqu'au soir qu'il va encore falloir faire des sacrifices et des efforts, le moral n'est pas au beau fixe.

Ce sera l'axe de votre campagne ?

Je leur demanderai de résister à ce chantage, parce que nous pensons que l'état d'esprit des classes populaires peut changer vite. Nous dirons qu'il n'y a aucune raison de se laisser faire. Je défendrai un programme selon lequel ils ont le droit moral et politique de se battre pour leur emploi.

Quels sont les facteurs qui influeront sur ce changement d'état d'esprit ?

C'est le patronat qui va influer directement sur ce changement. À force de donner des coups, de licencier, il va déclencher des réactions.

Cette réaction, ça pourrait être l'élection d'un candidat de gauche ?

J'évoquais des réactions dans les entreprises avec les armes propres aux travailleurs, qui sont les grèves et les manifestations.

Mais si la gauche revient au pouvoir en 2012, il y aura toujours ce grand patronat insatiable qui imposera des conditions de travail de plus en plus dures. Si les socialistes reviennent au pouvoir, est-ce que la crise aura disparu ? La dette de l'État non plus. Et les travailleurs devront toujours l'affronter.

Tous les candidats socialistes à la primaire disent qu'ils feront une politique de rigueur. Sur ce terrain, la gauche ne propose rien d'autre que la politique de Nicolas Sarkozy.

Pourquoi ne pas unir vos efforts avec Philippe Poutou, qui tient le même langage que vous ?

Ce n'est pas du tout un adversaire pour moi, et il y a un certain nombre de choses que nous dénoncerons en commun. Si on dénonce deux fois la même chose, cela sera fait deux fois, et ce ne sera pas de trop dans le concert ambiant.

(1) Nathalie Arthaud tiendra un meeting samedi à Pau. Complexe de la République, 17 h 30.

© Sud Ouest, le 7 septembre 2011