La Montagne - Moulins : Rencontre avec Liliane Michaud et Philippe Outteryck, têtes de la liste Lutte ouvrière
L'organisation trotskyste Lutte Ouvrière est l'invitée surprise du scrutin municipal à Moulins. Une invitée qui n'est pas là pour parler des affaires locales mais pour se servir des élections comme une tribune.
Philippe Outteryck et Liliane Michaud. - photo : philippe bigard
« On n'attend rien des élections »
Liliane Michaud et Philippe Outteryck sont les deux militants figurant en tête de la liste Lutte Ouvrière aux municipales à Moulins. la première est une employée, le second un ancien de JPM récemment licencié. Tous les deux ont répondu à nos questions.
Pourquoi une liste Lutte Ouvrière alors même que votre organisation ne croit pas aux élections ? C'est vrai qu'on ne croit pas aux élections pour changer les choses. En fait, pour nous, ces élections, c'est une tribune pour faire entendre le camp des travailleurs et pour dire aux travailleurs qu'ils ne doivent pas attendre les élections pour que leur situation change.
En fait, le deuxième pont, les projets d'aménagement urbain, tout cela ne vous intéresse pas ? Ce n'est pas que cela ne nous intéresse pas, c'est que ce n'est pas notre problème. Ce qui, en revanche, est notre problème, ce sont les difficultés croissantes du monde du travail, c'est le fait que les plus riches sont de plus riches et que tous ces gens s'enrichissent grâce aux travailleurs. Il n'y aurait pas de famille Peugeot sans les milliers d'ouvriers de chez Peugeot. Et pendant que le patronat licencie à tour de bras, les entreprises du CAC 40 ont engrangé 74 milliards de bénéfices en plus.
Si les affaires locales ne vous intéressent pas, vous avez bien un programme national ? Oui, c'est d'abord l'interdiction des licenciements, ensuite la hausse des salaires, la répartition du travail pour tous, le contrôle des comptes des grandes entreprises. Toutes ces mesures permettraient de défendre les travailleurs contre les appétits des milliardaires.
Cela fait des décennies, depuis Arlette Laguiller en 1974, que l'on vous entend tenir le même discours et, depuis tout ce temps, force est de constater que les travailleurs dont vous vous revendiquez ne vous ont guère suivis jusqu'à présent. Comment l'expliquez-vous ? Notre but n'est pas de prendre la parole au nom des travailleurs, mais de préparer les luttes de demain. Nous ne savons pas quand cela va exploser, cela peut être demain, dans un mois, un an ou dix ans, mais nous sommes sûrs que cela explosera. Et ce jour-là, nous seront prêts. Et si on répète les mêmes leitmotiv de défense des travailleurs depuis des années, les autres, en face, répètent eux aussi les mêmes leitmotiv, mais eux, c'est pour la défense des patrons. Nous, ce qu'on souhaite, c'est que les travailleurs entrent dans la lutte. Comme on a fait chez JPM. Si on n'avait pas bougé, on n'aurait jamais obtenu les primes de départ qu'on a finalement obtenues. Quand on voit ce que propose Pinault aux salariés de La Redoute qu'il est en train de licencier, tout juste 20.000 € pour dix ou quinze ans de travail, c'est un vrai scandale.
Dans ce scrutin municipal à Moulins, qui, de Jacques Lahaye ou de Pierre-André Périssol a votre préférence ? On ne se pose même pas la question, mais ça nous fait bondir de voir un candidat socialiste qu'il fait de l'emploi sa priorité alors qu'il soutient un Président qui fait une politique qui casse l'emploi.
Hervé Moisan
© La Montagne - Moulins (19/03/2014)