L'Est Républicain :  "Les candidats des exploités ! "

Article de presse
29/09/2015

Nathalie Arthaud entourée de Claire Rocher et Michel Treppo.Photo Arnaud CASTAGNÉ

Besançon. L'essentiel du combat se vit pour eux au quotidien dans les entreprises, les administrations ou dans la rue. Mais pas question de se priver de la « tribune » qu'offre toute élection, reconnaît Claire Rocher, la tête de liste de Lutte Ouvrière aux régionales en Bourgogne Franche-Comté et ancienne candidate aux européennes dans le Grand Est. Car pour mobiliser, il faut « faire passer le message » au plus grand nombre, insiste-t-elle.

Certes, LO ne dédaignerait pas d'avoir des élus pour se faire entendre plus tard au sein des Régions, elle qui en compta jusqu'à 18 dans ces collectivités avec le précédent mode de scrutin proportionnel. Mais depuis la réforme électorale, qui impose de réunir 10 % des suffrages exprimés au premier tour pour se maintenir, l'obstacle paraît difficile à surmonter. Alors, « on oublie tous ces chiffres, la révolte sociale n'est pas dépendante des scores », glisse sa porte-parole, Nathalie Arthaud, venue à Besançon pour la fête départementale de son parti et pressée d'évoquer « le fond ».

« Il faut des idiots utiles ! »

Sans illusions sur l'issue d'un scrutin qui servira juste au « système » à mesurer les rapports de force avant la présidentielle, selon eux, les militants de LO ne dévient pas du cap : « défendre les intérêts des travailleurs » et être les « candidats des exploités » tandis que tous les autres sont « au service du capitalisme », camouflé pour la circonstance sous les appellations « service de la France » ou « intérêt général ».

A Lutte Ouvrière, on rejette ces sémantiques contre-révolutionnaires. « L'intérêt général, ça n'existe pas », s'insurge Michel Treppo, salarié à PSA et premier de la section du Doubs de la liste, peu enclin aux synthèses. « Les intérêts des patrons et les nôtres sont diamétralement opposés et toute politique menée au nom de l'intérêt général se retourne contre les travailleurs. »

Comme il leur est impossible de transiger, les candidats seront 100 % LO et représentatifs du « vrai » monde du travail. Est-ce dire que les ouvriers et employés présents sur d'autres listes sont les « idiots utiles » de celles-ci, au sens où le concevait Lénine ? « Nous ne sommes pas contre le Parti de gauche ou le Parti communiste, nous ne défendons pas la même politique », éludent Nathalie Arthaud et Claire Rocher. « Oui, ce sont des idiots utiles, il en faut, des idiots utiles ! », rectifie quelqu'un à côté. Eclat de rire général.

Quant au Front national, qui séduit tant de défavorisés, « il n'est que le fruit de la politique anti-ouvrière, de l'abattement, de la démoralisation dont le PS est responsable », entend-on.

« Lutte des classes »

Lors de la campagne, les candidats LO opposeront les « conditions de travail » aux « grands groupes financiers » qui les « dégradent pour le seul profit ». Ils diront que la « lutte des classes » n'est pas un concept « périmé » mais qu'elle est « plus que jamais d'actualité » puisque « patronat et gouvernement l'entretiennent ». Ils martèleront que « les chômeurs se multiplient alors que des "patrons parasites" encaissent des milliards d'aides », que les travailleurs croulent sous les « surcharges », que la solution « n'est pas dans le partage de la misère ». Et tant pis si l'adversaire leur assène que tout cela est hors sujet. « Je ne sais pas combien d'électeurs voteront sur la base des programmes régionaux... », sourit Nathalie Arthaud.

Si le résultat n'est pas au rendez-vous, ce ne sera pas si grave, finalement. « Un jour, les travailleurs se lèveront. Quand, je ne le sais pas, mais ils se lèveront. Et qu'un parti s'y mette, le nôtre, ça les aidera à s'organiser », assure la porte-parole.

Jean-Pierre TENOUX

© L'Est Républicain, Lundi le 28 Septembre 2015 / Ouverture Région Franche-Comté / Besançon Droits de reproduction et de diffusion réservés