Intervention de Jean-Yves Payet au déjeuner-dansant de Lutte Ouvrière

Communiqué
29/09/2015

Intervention de Jean-Yves Payet, tête de liste Lutte Ouvrière à l'élection régionale du 6 décembre prochain, lors du déjeuner dansant qui s'est tenu le week-end dernier à la Rivière des Roches.

Chers camarades et chers amis,

Je vous remercie pour votre présence à cette journée de fraternité qu'est le déjeuner-dansant annuel de Lutte Ouvrière.

Nous sommes à quelques semaines d'une élection régionale dans laquelle notre courant politique sera présent : en métropole, aux Antilles et à la Réunion où je serai tête de liste.

En votant Lutte Ouvrière les travailleurs conscients de leurs intérêts pourront faire entendre leur voix face à tous ceux, patronat, politiciens et gouvernement à son service, qui mènent une guerre de classe contre le monde du travail : ouvriers, chômeurs, retraités, petits artisans et petits paysans qui n'exploitent personne.

Le Parti socialiste mène une politique férocement anti-ouvrière car entièrement inféodée au patronat.

La liste est longue de toutes les attaques frontales que le gouvernement a pris, prend et prendra contre les travailleurs. Tout ce qu'il décide est favorable au grand patronat et fait reculer la condition ouvrière. De façon incessante il arrose les classes riches de subventions, de crédits d'impôts, d'exonérations. Toutes ces dispositions sont censées relancer l'embauche... avec le résultat qu'on sait : cinq millions de travailleurs sans emploi au niveau national, et 175 000 rien qu'à la Réunion. Le chômage qui avait explosé sous Sarkozy a bondi à nouveau de 30 % depuis l'arrivée de Hollande à la tête de l'Etat.

Si tout cet argent public est dépensé en pure perte quand il s'agit de créer des emplois, c'est grâce à lui en revanche que les grands capitalistes ont pu doubler leurs bénéfices en quatre ans !

Et ils en redemandent toujours plus. Ils veulent à présent remettre en cause les 35 heures, s'en prendre aux protections des travailleurs et simplifiant le code du travail. Ils veulent aussi que l'Etat finance les emplois jusqu'au niveau du SMIC, ils veulent repousser l'âge de la retraite à 65 ans et pourquoi pas à 67 ans.

Toute cette politique pro-patronale à un but : instiller dans les esprits que le travail coûte est trop cher et qu'il faut en rabaisser le coût. Pourtant, le travail ne coûte pas, il rapporte. Il rapporte toujours aux mêmes, aux Chateauvieux, aux Bouygues, Vinci ou Bolloré. Et c'est en augmentant l'exploitation des travailleurs qu'au final le grand patronat gonfle ses profits.

Que ce soient les travailleurs de PSA en France, les ouvriers de la SIB, de l'abattoir de Grand Ilet ou les dockers du Port, tous ont été victimes de cette course infernale au profit. Et remarquons que dans tous ces cas l'Etat est venu au secours des patrons licencieurs et pas des ouvriers menacés de perdre leur emploi.

Nous à Lutte Ouvrière nous dénonçons ces impostures, nous dénonçons l'appropriation privée des moyens de production et des richesses de la société par un petit nombre d'exploiteurs, nous dénonçons ce système qui ne génère que chômage, exclusion, misère, guerres et déplacements massifs de populations.

Face au rouleau compresseur des nantis et de leurs serviteurs de tous bords, il n'est pas facile de faire entendre le camp des travailleurs. C'est pourquoi nous avons particulièrement besoin de votre soutien.

A la Réunion, les partis de droite et de gauche, candidats à la direction de la Région défendent tous, sans exception, le fonctionnement capitaliste de l'économie. Sur toute une série de problèmes ils se crêpent le chignon mais ils sont tous le doigt sur la couture du même pantalon quand il s'agit de défendre les intérêts patronaux.

A droite, il y a les Républicains, avec pour tête de liste Didier Robert, le président du Conseil régional. Il y a le député maire de Saint-Leu, Thierry Robert, pour le LPA (La Politique Autrement), et à l'extrême droite il y a le Front national. Rien à espérer d'eux tous.

L'actuel dirigeant du Conseil régional s'est distingué par sa propension à utiliser l'argent de la collectivité pour arroser le patronat (les patrons transporteurs, les grandes entreprises du BTP avec la Nouvelle Route du littoral). Elu avec l'engagement d'abandonner de grands chantiers comme le tram-train, il a voulu donner le change en promettant de développer le transport par cars. Quatre ans après on les attend toujours !

Vous avez à gauche deux grands partis réformistes le PS et le PCR qui ont vu se développer dissidences en leur sein, puis à leurs côtés.

Dissidente au PCR, la députée Huguette Bello a quitté ce parti pour fonder le sien propre, le PLR, estimant que le PCR avait voulu l'écarter lors d'une élection législative dans l'ouest. Elle s'est fait connaître comme militante féministe active, apportant même à l'occasion son soutien aux travailleurs en lutte et refusant de voter les lois anti ouvrières du PS à l'assemblée nationale.

Mais depuis l'accord passé entre son parti et le PS pour les régionales, elle a mis une sourdine à ses critiques du gouvernement et s'en est même pris à l'homme de droite Didier Robert pour ne pas avoir suffisamment soutenu les patrons avec l'argent de la région !

Au PS, s'est également développée une tendance appelée le Progrès. Cette tendance ne se distingue en rien de la politique menée par la fédération officielle. Tous votent comme un seul homme les mêmes lois anti sociales demandées par Valls, Macron et Hollande. Et c'est ces prétendus « dissidents » que s'est allié le PCR pour les régionales. Avec son slogan l' « union des Réunionnais », les dirigeants du PCR prônent depuis longtemps une politique qui, de fait, efface la ligne de démarcation entre les intérêts opposés des travailleurs et des exploiteurs, comme si les intérêts d'un de Chateauvieux et d'un coupeur de canne étaient les mêmes !

Du coup il n'est pas difficile pour les dirigeants du PCR de nouer une alliance qui peut paraître comme contre nature aux yeux de certains. En s'accoquinant avec des anti communistes, comme le maire du Tampon Tien Ah Koon, ou avec ceux qui ont contribué à leur faire perdre la direction de la région, comme le député maire socialiste de Sainte Rose, Michel Vergoz, les dirigeants du PCR montrent qu'ils sont non seulement prêts à avaler cette couleuvre mais à la faire également avaler aux travailleurs. Et de cela il ne peut être question.

Je le répète, ce qui est commun à tous ces partis et à leurs dirigeants, c'est leur refus de désigner le patronat comme responsable du chômage, de l'exclusion sociale et de la vie chère ; c'est leur refus de préconiser des mesures contraignantes et encore moins de rétorsion contre les exploiteurs.

Au contraire, tous prêchent la résignation aux travailleurs et aux chômeurs, ne leur laissant comme seule perspective que le travail précaire des contrats aidés. Il leur arrive même de désigner les fonctionnaires comme boucs émissaires de la vie chère ou du manque d'emploi pour les Réunionnais, tout cela pour masquer les responsabilités du patronat dans la dégradation sociale !

Eh bien, au contraire d'eux, nous devons affirmer que ce qu'ils nous assènent comme des vérités ne sont que des mensonges.

Il ne serait pas possible de donner du travail à tout le monde ? Mensonge ! Si l'on satisfaisait les besoins de la population en matière de logements, de santé, d'éducation, de transports en commun et autres services publics, il y aurait du travail pour tous.

Mensonge encore lorsque l'on sait la surexploitation de milliers de travailleurs de la Réunion, obligés de faire de nombreuses heures supplémentaires et de se tuer au travail tandis que des sans emplois se morfondent dans un désœuvrement qui leur est imposé.

Pour nous, la lutte contre le chômage est une nécessité absolue. Cette lutte ne pourra se mener qu'en imposant au patronat l'interdiction des licenciements, la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire, l'embauche à la place des heures supplémentaires, l'embauche dans tous les services utiles à la population.

Tous les salaires, retraites et minima sociaux doivent être revalorisés, les impôts injustes comme la TVA ou l'octroi de mer supprimés et remplacés par un impôt progressif sur le capital.

Cela ne sera possible que sous le contrôle des travailleurs et de la population, organisés pour enlever la gestion de la société des mains de la bourgeoisie, classe minoritaire et exploiteuse qui entraîne l'Humanité dans la catastrophe économique et sociale.

A ce propos je ne peux manquer de parler de ce que vivent des centaines de milliers, des millions même de migrants, de réfugiés. Ils sont victimes des guerres, des dictatures, de la misère, fondamentalement engendrées par la politique de l'impérialisme, y compris par celle de l'impérialisme français.

A Lutte Ouvrière nous affirmons qu'à l'Europe des frontières, des barbelés et des camps, les travailleurs doivent opposer le droit à la liberté de circulation et d'installation. Nous le savons bien, nous sommes tous des migrants potentiels, à la recherche d'un emploi et d'un lieu pour vivre au gré des crises et des fermetures d'entreprises.

Depuis la naissance du capitalisme le patronat n'a cessé d'utiliser l'arme de la division, de dresser les travailleurs qualifiés contre ceux qui ne l'étaient pas, les femmes contre les hommes, les travailleurs arrivant des campagnes contre ceux déjà installés dans les villes. Aujourd'hui, il voudrait opposer les intérimaires aux embauchés, les travailleurs détachés venus par exemple de Pologne ou du Portugal aux travailleurs français, et maintenant les migrants à tous les autres. Face à cette division, les travailleurs conscients ont toujours opposé l'union de tous les travailleurs quels que soient leurs pays d'origine, leur religion ou la couleur de leur peau.

Les migrants ne sont en rien responsables des 25 millions de chômeurs officiellement recensés dans l'UE. Le chômage ne provient pas d'un excédent de main-d'œuvre mais de la rapacité de la bourgeoisie qui augmente la productivité, restreint les capacités productives et préfère spéculer plutôt que d'investir dans la production de marchandises utiles pour les besoins de tous.

Poussés par le désespoir, déterminés à survivre, prêts à franchir des centaines de kilomètres à pied pour rallier l'Allemagne, l'Angleterre ou la Suède, les migrants ne se laisseront pas arrêter. Nous ne devons pas les rejeter mais au contraire en faire nos alliés et nos frères de combat.

Alors, disons qu'au-delà des revendications immédiates, la perspective des militants communistes révolutionnaires c'est de changer profondément la société, d'en finir avec la société d'exploitation capitaliste et de la remplacer par une société communiste, seule à même de libérer le monde de la barbarie dans laquelle nous vivons aujourd'hui.

Les campagnes électorales sont un moment important dans les combats politiques que le mouvement ouvrier a à mener. Elles permettent en effet à la fraction de l'électorat populaire qui se retrouve dans cette perspective communiste de pouvoir s'exprimer.

Beaucoup aujourd'hui cherchent des réponses à la crise de l'économie capitaliste et à ses conséquences dans tous les domaines de la vie sociale. Je veux là parler de la jeunesse. Eh bien il faut qu'elle trouve les réponses dans le courant communiste révolutionnaire que nous voulons représenter.

Affirmer que les travailleurs ont leurs exigences et que pour les satisfaire, il faut

imposer des mesures d'urgence pour répondre aux besoins des laissés pour compte et des exploités, mais aussi affirmer qu'il y a au sein de la classe ouvrière un courant qui vise à changer radicalement la société, voilà le sens du vote Lutte ouvrière, le seul qui sera clairement compris comme un vote de classe des travailleurs contre leurs exploiteurs et leurs serviteurs politiques !

Voilà le drapeau que nous levons, celui de la cause des travailleurs du monde entier contre les dictateurs et les exploiteurs qui mènent le monde à la barbarie.

Jean-Yves PAYET