L'édition Nord-Est de la Dépêche du Midi du 17 novembre fait sa une avec un titre pleine page "Labinal, l'anti-Molex" ; et en plus petit "L'entreprise investit à Villemur sur Tarn pour sauver 500 emplois". C'est faire peu de cas de l'histoire récente de cette usine, qui employait il y 30 ans plus de 1500 personnes à Villemur.
Dans les années 2000, les "dégraissages" se faisaient par étapes.
Les dirigeants de Labinal ont d'abord divisé l'entreprise en établissements distincts ("filialisés") et en particulier les secteurs connectique automobile (CINCH) et câblage automobile (SYLEA Labastide Saint Pierre).
Ensuite ces filiales "automobile" ont été vendues, lors du rachat de Labinal par la SNECMA : Sylea à VALEO d'abord, Cinch à MOLEX ensuite. En quelques années, les acheteurs qui n'étaient intéressés que par les parts de marché que ces entreprises représentaient, les ont fermées. Valeo a fermé ses usines dans la région (plusieurs centaines de licenciés) et Molex a fait de même ensuite à Villemur.
Molex et Valeo se sont comportés comme des patrons voyous certes, mais c'est Labinal-Snecma qui leur a, en quelque sorte, sous-traité les licenciements, en préparant cela des années auparavant.
Alors, affirmer que Labinal serait "l'anti Molex", est une mystification : Labinal a collaboré aux licenciements chez Valéo comme chez Molex.
De plus, on apprend dans l'article que dans l'opération de déménagement de Labinal, l'Etat contribuerait à hauteur de 900 000 euros ; et dans l'aménagement de la Zone artisanale où se situerait la nouvelle installation de Labinal, l'intercommunalité prendrait à sa charge 2,5 millions d'euros.
Autrement dit, Labinal l'auxiliaire de Molex et Valeo dans la destruction de centaines d'emplois, se fait bien arroser avec l'argent public, alors qu'en tant que filiale du groupe Safran (60 sites industriels en France avec 35 248 salariés) elle engrange de substantiels bénéfices. Ainsi le chiffre d'affaire de Safran au 30 octobre 2010 s'établit à 7790 millions d'euros, en hausse de 3,4% par rapport à la même période en 2009.
Affirmer que "Labinal sauve 500 emplois", c'est une tromperie : comme n'importe quelle grande entreprise, Labinal ne poursuit que le profit de ses actionnaires, au détriment de l'emploi et ... des finances publiques.
Si l'Etat ou les pouvoirs locaux voulaient vraiment défendre les intérêts des salariés, c'est vers le groupe Labinal-Snecma-Safran qu'ils devraient se retourner, plutôt que lui servir la soupe.
Pour Lutte Ouvrière
Sandra Torremocha, porte parole de Lutte Ouvrière Midi-Pyrénées.
Elisabeth Podgorny, militante syndicale chez Labinal-Villemur