Le Républicain Lorrain : Guy Maurhofer : "Je veux un message de sanction"
Pendant 11 jours, Le Républicain Lorrain décrypte pour vous les enjeux des élections municipales à Thionville.Aujourd'hui, la troisième des quatre interviews des prétendants à la mairie, celle du candidat de Lutte Ouvrière, Guy Maurhofer.
Guy Maurhofer, 55 ans, célibataire, Technicien Photos Armand FLOHR
Son profil
On vous voit très peu. Vous faites vraiment campagne ou pas ?
« Bien sûr que je fais campagne. Mais ce n'est pas la campagne habituelle. Moi je n'ai pas de tracteur à mettre sur le marché pour inviter les gens à voter pour moi. On n'est pas tout à fait sur le même terrain. Je ne néglige aucune question locale mais avec mon parti, nous avons fait le choix de parler du national. Nous voulons exprimer un mécontentement, une sanction à l'égard de ce gouvernement. »
On a parfois l'impression que vous êtes là pour faire de la figuration, pour profiter de l'espace médiatique. On ne vous sent pas très présent sur les thèmes de cette campagne...
« Quand on n'est pas notable, se présenter, ce n'est pas facile. Regardez le nombre de candidats déclarés qui ont dû jeter l'éponge. Il faut être porté par une organisation, être entouré. Donc, je suis déjà content de pouvoir me présenter et de donner la possibilité aux gens de voter pour ma liste. Après, les thèmes locaux, c'est vrai que je ne m'y reconnais pas. »
Vous vous voyez vraiment maire de Thionville ?
« Non, je crois qu'il ne faut pas se voiler la face. Je ne serai pas maire de Thionville. Il ne faut pas raconter des histoires aux gens... Ils en entendent assez comme ça. À chaque élection, ceux qui se présentent sont tous les rois des promesses. Et on va baisser les impôts, on va supprimer le chômage... Et à chaque élection, on remet ça. Les gens en ont marre d'aller voter car on les prend pour des gogos. Moi je ne m'inscris pas du tout dans cette catégorie de candidats. »
Mais si ce n'est pas un vote pour vous envoyer à la mairie, c'est un vote pour quoi ?
« C'est un vote pour dire qu'aujourd'hui, on n'a pas le droit de faire les poches aux salariés. »
Votre engagement à Lutte Ouvrière, il date de quand ?
« Moi, je suis un produit local car je suis né à Thionville et je vis à Thionville. Mais je suis un pur internationaliste. J'ai connu les idées trotskistes au lycée Colbert. La gauche n'était encore pas arrivée au gouvernement. À l'époque, changer la société, c'était dans la tête de tout le monde... »
Mais passer d'un parti révolutionnaire à un parti réformiste, ça ne vous a jamais traversé l'esprit ?
« Non, car si vous voulez vraiment changer la société, vous savez qu'à un moment donné, il faudra la changer radicalement. Je prends l'exemple de la fermeture de la sidérurgie avec toutes ces fausses promesses électorales... On a vu Mitterrand mentir aux ouvriers à Longwy. Tout le monde a défilé pour promettre qu'il n'y aurait pas de licenciement. Quelques années après, on réalise que les patrons ferment et ouvrent une usine comme ça les arrange. »
On ne se sent jamais résigné lorsqu'on milite dans un parti qui ne dépasse jamais les 5 % ?
« Ce n'est pas un problème de résignation, c'est un problème de détermination. Il n'y a pas de magie : pour que les choses évoluent, il faut que les salariés interviennent. »
Son projet
Vous considérez que ces élections locales doivent faire émerger un message national. Pourquoi ?
« Lutte ouvrière présente plus de 200 listes à ces élections municipales. Quels que soient les scores, ils seront analysés comme un élément politique national. Moi je ne néglige pas les enjeux locaux. Mais nous n'avons pas détaillé de programme local car nous vivons une crise économique qui lamine le pouvoir d'achat des gens et amène d'autres urgences. Les gens ont besoin de dire clairement que les possédants ne les représentent pas. La crise économique oblige les gens à faire des choix. Et ces choix, les politiciens en tous genres les font toujours dans le même sens : ils font les poches des salariés. Ce sont les revenus des salariés qui trinquent. »
Vous pourriez malgré tout décliner quelques propositions locales sur ces thématiques-là. Pourquoi ne le faites-vous pas ?
« Je crois que le message doit être le plus clair possible. Aujourd'hui, je veux un message de sanction à l'égard des politiciens en tous genres. Ils se ressemblent tous au bout du compte. Ils se rejoignent pour dire : "On va aider les entreprises on va les subventionner et ça va aider l'emploi". Mais ça fait 30 ans qu'on fait ça, les emplois n'ont jamais été créés et les salariés font les frais de cette situation. »
Mais en tant que citoyen, vous avez bien des idées pour cette ville...
« J'ai plein d'idées. Il faut faire des choix qui défendent le social en ville. Franchement quand je vois que la campagne tourne autour du problème des commerçants en centre-ville, moi, ce n'est pas ma préoccupation majeure. Je ne suis pas le représentant des commerçants du centre-ville. Ce que je crois, c'est qu'il y a une urgence : les gens dans les cités s'appauvrissent. Ils veulent pouvoir élever leurs enfants avec une garantie d'avenir, avoir un toit sur la tête. Et tout ça, c'est ce qu'on leur refuse. »
Mais vous avez déjà réfléchi à ce que vous feriez si on vous donnait les clés de la Ville pour quelques jours ?
(Silence). « Non... »
Vous parlez de la défense des travailleurs. Parlons un peu des milliers de travailleurs qui vont chaque jour de l'autre côté de la frontière, avec des difficultés de transport. Que feriez-vous pour améliorer leur quotidien ?
« On a besoin d'équipements collectifs, de transports qui permettent d'organiser les déplacements en fonction des besoins. Aujourd'hui, c'est chaque citoyen ou chaque entreprise qui va organiser la vie sociale en fonction de ses propres besoins. Il faut remettre la maison du peuple au milieu du village. Il faut une organisation globale. »
Ses adversaires
Pour vous, Anne Grommerch ou Bertrand Mertz, c'est la même chose ? Des capitalistes ?
« Grommerch ou Mertz, ce n'est pas la même chose. Ils ont des projets différents. Ceci dit, ils sont tous serviteurs du système en place. Le système des riches et des possédants. Chaque fois que la droite est au pouvoir, elle nous fait les poches. Et quand la gauche arrive, elle mène la même politique. Au bout du bout, on a plus de chômeurs et une pauvreté qui s'accroît. Aujourd'hui, il faut une rupture : interdire les licenciements et répartir le travail entre tous. »
Et le bilan du maire de gauche, vous en pensez quoi ?
(Il réfléchit). « Le maire a des projets locaux. Il nous parle d'un 3e Lieu, de social, de plein de choses séduisantes. Mais d'un autre côté, le gouvernement auquel il apporte son soutien va dans le sens inverse et cisaille tous les projets sociaux du pays. »
Vous êtes du genre à donner une consigne de vote pour le second tour ?
« Écoutez, une chose après l'autre. On examinera les résultats au cas par cas. Les choses ne se discutent pas de la même façon en fonction des scores. On verra... »
Un siège de conseiller municipal, ça vous tente ?
« Je regarderai ce que les électeurs veulent exprimer. Si je me présente, c'est pour avoir des voix, pour représenter une forme de contestation. Je continuerai à le faire d'une manière ou d'une autre en fonction du résultat. Nous verrons ça. »
Le FN, vous le placez au même niveau que le PS et l'UMP ?
« Le FN vit de la crise. Il se développe sur cette colère. Il est en train de détourner cette colère au profit des milliardaires qui dirigent le parti. Pour les travailleurs, c'est se tirer une balle dans le pied que de voter Front national. Leur démagogie fonctionne en partie. On verra ce qu'elle donnera. »
Propos recueillis par Anthony VILLENEUVE.
Du tac au tac...
B ière brune ou bière blonde ? Brune
Vanille ou chocolat ? Vanille
Mer ou montagne ? Mer
Verlaine ou Baudelaire ? Verlaine
Céline ou Houellebecq ? Mort à crédit m'a toujours plu, mais pas l'autre partie de Céline...
Resto ou ciné ? Les deux !
Mozart ou Beethoven ? Mozart
OM ou PSG ? Ni l'in ni l'autre
La Grande vadrouille ou les ch'tis ? Les Ch'tis
T ony Parker ou Teddy Rinert ? Tony Parker
Drucker ou Ardisson ? Ardisson
Polo ou chemisette ? Polo
Carrefour ou Leclerc ? Les deux.
Train ou avion ? Train
Quick ou Mc Do ? Mac Do
© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 13 Mars 2014 / THI /
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