Le Républicain Lorrain :  Mario Rinaldi, extrême surprise

Article de presse
07/03/2010

Mario Rinaldi, hier à l'entrée de la rue Serpenoise, à Metz : « Ce qui est utopique, c'est de croire que le capitalisme va s'améliorer. Qu'un jour, les grands patrons vont décider de gagner moins d'argent et de partager. »

Notre sondage, publié jeudi, crédite de 6 % des intentions de vote la liste Lutte ouvrière menée par Mario Rinaldi, mécanicien. Rencontre avec un révolutionnaire qui déroule ses vérités avec douceur.

Mario Rinaldi, 45 ans, tête de liste de la liste régionale de Lutte ouvrière, distribue, en ce samedi grisâtre, des tracts à l'entrée de la rue Serpenoise comme il le fait, plus souvent, à la sortie des usines. « Seuls les travailleurs pourront changer la société, car ils ont la puissance, ils produisent tout, y compris les profits », calmement, presque avec douceur, ce mécanicien de la Sovab de Batilly, syndicaliste à la CGT, déroule ses vérités. Les régionales ne constituent pas sa première campagne.Domicilié à Borny, grand quartier populaire à l'est de la cité messine, il a fait les législatives et les municipales à Metz, d'où il est revenu avec le score anecdotique mais pas dissuasif de 0,9 %.

Cette fois, Mario Rinaldi pourrait créer la surprise. Le sondage BVA réalisé pour Le Républicain Lorrain et publié dans notre édition du jeudi 4 mars, le crédite de 6 %. Il s'en émeut à peine. « Il faut garder la tête froide, après tout ce n'est qu'une tendance. 6 % c'est à la fois beaucoup et finalement, assez peu », commente-t-il. Sous entendu : encore largement insuffisant pour initier la révolution que Lutte ouvrière appelle de ses voeux.

Un dessein définitivement utopique ? « Ce qui est utopique, c'est de croire que le capitalisme va s'améliorer. Qu'un jour, les grands patrons vont décider de gagner moins d'argent et de partager », rectifie le candidat aux régionales, convaincu d'ailleurs que ce scrutin n'a pas l'ombre d'un début d'impact sur le cours des choses.

Que peut faire un conseiller régional, aussi volontaire soit-il, contre la misère et l'inégalité du monde ? « Rien, absolument rien » répond, formel, Mario Rinaldi. La campagne, qui se poursuivra cette semaine par deux meetings à Metz et Nancy, est entièrement tournée vers les problématiques nationales. Sans surprise, aucune consigne ne sera donnée à l'issue du premier tour. « C'est le premier tour qui compte, le second n'a aucune importance », estime Mario Rinaldi. Il illustre son propos par l'exemple de PSA Mulhouse, ancrée en Alsace, tenue par l'UMP et PSA Trémery, dirigée depuis six ans par une majorité socialiste. « Les ouvriers vivent exactement la même chose, les mêmes difficultés, il n'y a aucune différence entre ces deux régions, ce sont les patrons qui tirent les ficelles, les politiques sont les marionnettes », poursuit le candidat de Lutte ouvrière.

La proximité autrefois admise avec le NPA a du plomb dans l'aile. LO, chantre de la fidélité idéologique, estime qu'Olivier Besancenot « a baissé la garde ». Une autre différence est apparue. « Jamais nous n'aurons de femme voilée sur l'une de nos listes, contrairement au NPA », martèle Mario Rinaldi. Il justifie cette position par « respect pour toutes celles qui se battent pour ne pas porter le voile, signe d'oppression ».

Arlette Laguiller, figure emblématique de Lutte ouvrière, a quitté le devant de la scène au profit de Nathalie Arthaud, nouveau visage du parti. Entre les deux, la ressemblance est frappante. Hasard ou mimétisme ? Mario Rinaldi en perdrait presque son flegme : « C'est une connerie de parler sans cesse de cette soi-disant ressemblance, Nathalie s'est construite à Lutte ouvrière, nous avons un cap, toujours le même, et elle l'incarne à sa façon ». Point final.

Pierre Roeder

© Le Républicain Lorrain, Dimanche le 07 Mars 2010. / Lorraine / Société