Nord-Littoral :  Didier Letren, toujours partant pour la lutte

Article de presse
23/02/2014

COLISTIER DE FRANÇOISE MILLOT (LUTTE OUVRIÈRE)

Didier Letren est sur la liste Lutte Ouvrière emmenée par Françoise Millot. Candidat à de nombreuses élections depuis 2001, il fait passer le message avant l'ambition d'être élu.

Photo: Didier Letren dans son jardin, au Beau-Marais, où il vit depuis presque toujours.

Didier Letren n'a jamais vu la politique autrement qu'en rouge. Affaire de convictions, cela va de soi, mais aussi peut-être d'hérédité.

D'ascendance bretonne et espagnole, Didier Letren a eu des parents communistes. Il évoque son grand-père, puis son père « qui vendait Libertés » avec une pointe de fierté. Didier suit leurs pas, jusqu'au divorce politique, un peu avant l'année 1980 : « Le PC s'est rapproché des socialistes, et là, je n'ai pas pu... » Le militant bifurque un peu plus à gauche et se reconnaît dès lors sous le drapeau de Lutte Ouvrière : « J'ai désapprouvé le choix du national à l'époque », prévient-il, « mais j'ai toujours fait la différence avec le local. » De profession, Didier Letren est mécanicien-ajusteur. En juillet, il mettra le point final à 42 ans de carrière... dans la même entreprise, ou presque.

« Je suis entré chez Tresse, et je suis aujourd'hui salarié de Cofely-Endel-GDF Suez. Pendant tout ce temps, l'entreprise a été achetée, revendue, re-achetée, re-revendue... ça n'a fait que ça. Quand j'ai commencé, il y avait une belle activité métallurgique à l'époque chez Tresse, chez Rogliano, à la Socarenam. Ça fait des années que mon entreprise ne fait plus que de la maintenance industrielle. Il n'y a plus que ça maintenant. On ne fabrique plus de machines, on les répare. »

Usés, foutus

La retraite, il ne cache pas qu'il a hâte d'y être : « Si on veut bien me la donner » dit-il en souriant. Les réformes Sarkozy puis Hollande sont passées par là : « On est des ouvriers, on a travaillé dans les conditions très difficiles. Chez Tioxide par exemple, chez qui j'ai fait la sous-traitance pendant des années, on respire tous de l'acide à longueur de journée. Dans ces métiers-là on est usés, foutus... Mais tout le monde s'en fout. » Comme on peut le deviner, Didier Letren s'est engagé syndicalement, chez Force Ouvrière : « En politique comme dans l'entreprise, j'ai toujours essayé de défendre l'ouvrier. » Didier est pessimiste sur l'avenir du syndicalisme : « Je commence à devenir vieux, et je vois bien que les jeunes hésitent à s'investir dans le syndicat. Je les comprends tout à fait. On est dans une époque où on peut perdre son emploi du jour au lendemain. Et ne serait-ce qu'une journée de grève, ça pèse lourd sur un salaire. Le contexte est devenu tellement dur qu'aujourd'hui on a peur de son patron. Et les patrons le savent. » Lui-même a fait les frais de son engagement : « On m'a bloqué. Mais je ne regrette rien. » Didier repense à son père : « Il est né en 36, ça marque. Justement, les acquis de 1936, on est train de les perdre un par un... »

Toujours candidat

En tant que militant de Lutte Ouvrière, Didier Letren devait fatalement croiser la route de Françoise Millot : « On s'est connus dans une manifestation contre une vague de licenciements à la teinturerie de Coquelles. » Comme Françoise Millot, Didier se présente aux électeurs à chaque élection, pour sa part depuis 2001 : « Les municipales, les cantonales, les législatives, tout, j'ai tout fait », énumère-t-il ; un grand sourire aux lèvres. Il n'a jamais été élu, et sans doute ne s'est-il jamais vraiment attendu à l'être : « Ce qui compte, c'est de faire entendre nos messages. De faire entendre la voix des ouvriers... C'est vrai qu'on ne gagne pas. Si on gagne, ça veut dire qu'un deuxième mai 68 sera en train de se passer.

Moi je ne vois pas d'autre solution qu'un nouveau mai 68 pour que les choses changent. Il faut qu'il y ait une grève générale. L'ouvrier doit se battre. On est train de tout perdre, on est taxés et surtaxés. Maintenant, ils nous parlent de prélèvements sur les retraites. Ils veulent faire payer des gens qui ont travaillé toute leur vie. C'est honteux. » Sa priorité pour Calais, sans surprise, « c'est l'emploi. Donner de l'emploi. » Sans plus de surprise, la politique de Natacha Bouchart et Philippe Blet ne l'a pas convaincu : « Ils ont donné de l'argent à Tioxide, pour le projet engrais. Combien d'emplois ont été créés ? Ah si, ils ont refait les trottoirs et les bordures autour de l'usine. Ça fait propre, mais à l'intérieur, rien n'a changé. » Au Beau-Marais, où il vit depuis qu'il a trois ans, Didier Letren fait figure de doyen du village : « Les gamins m'appellent "grand-père"... Moi j'aime bien vivre ici. Tout le monde se connaît, tout le monde se dit bonjour. On dit beaucoup de mal du Beau-Marais, mais on voit moins de bagarres ici qu'à Calais Nord. » Dans sa maison de 1868, qu'il a retapée lui-même, Didier refait le monde en espérant des jours meilleurs pour la classe à laquelle il est si fier d'appartenir, la classe ouvrière.

G.F.

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