La Voix du Nord : Françoise Millot, candidate de Lutte ouvrière : « L'angoisse des gens, c'est le chômage »
Candidate sur les listes Lutte Ouvrière emmenées par feu Dominique Wailly en 2001 et 2008, Françoise Millot sera pour la première fois chef de file de son parti pour les municipales à Calais. Cette ancienne professeure de français, à la retraite depuis la rentrée de septembre, milite pour l'extrême gauche depuis une quarantaine d'années. Inspirées de mai 68, ses idées révolutionnaires sont toujours d'actualité selon elle, à Calais comme partout en France.
PAR OLIVIER PECQUEUX
Le message de Françoise Millot est clair : « faire entendre le camp des travailleurs ».
-Lutte ouvrière dans la campagne.
Françoise Millot, habituée des joutes électorales, avait indiqué voilà plusieurs mois qu'elle envisageait de se lancer dans la campagne des municipales à Calais. Elle a confirmé sa candidature voilà deux semaines et est déjà allée déposer sa liste en préfecture. La candidate dévoilera sa liste ces prochains jours, lors d'une conférence de presse qui devrait se tenir à la maison des associations. « Je suis fière de mes candidats, ils ont choisi de faire entendre le camp des travailleurs. Certains cherchent du boulot, parmi lesquels des personnes qui ont été licenciées récemment et dont le discours s'est radicalisé. » En 2008, Françoise Millot figurait sur la liste conduite par Dominique Wailly (décédé l'année dernière). Lutte ouvrière avait récolté moins d'un millier de voix (3,43 %), plus mauvais résultat du premier tour.
-Les thèmes de Lutte ouvrière.
Le parti d'extrême gauche, qui se revendique l'héritier du communisme, est surtout et avant tout anti-capitaliste. Il place l'ouvrier au cœur de ses préoccupations, considérant que le chômage est le point central de tous les maux. À Calais, Françoise Millot trouve des arguments pour décliner localement les idées de Lutte ouvrière. « On le voit avec les fermetures de LKIndustrie, de Calaire, de SeaFrance, nous sommes dans une ville au cœur des problématiques causées par des grandes multinationales. Ce sont elles qui font la loi, on leur donne des millions d'euros et les présidents successifs se mettent à plat ventre face à elles. » La Ville de Calais, quel que soit le maire, peut-elle empêcher ces licenciements ? « Le changement d'équipe municipale ne modifiera rien. Pour régler le problème du chômage, il faut une loi interdisant les licenciements. Le travailleur, si on lui enlève son emploi, il n'a plus rien. Et l'angoisse des gens, c'est le chômage. Certains croulent sous le travail, d'autres s'enfoncent parce qu'ils n'en ont pas. La logique, le bon sens, ce serait le partage de ce travail sans perte de salaire. Où trouver les sous ? Dans les banques et les industries. Quant à l'argent public, il doit d'abord partir dans les services publics. » Et ne plus être utilisé dans le cadre d'avances remboursables, à taux préférentiel, pour convaincre les sociétés de rester dans le Calaisis.
-L'objectif de Françoise Millot.
La tête de liste de Lutte ouvrière sait que sa marge de manœuvre est limitée et que l'enjeu des élections, faute de proposition concrète pour le Calaisis, réside dans le message à envoyer aux travailleurs. « Si je devais être élue, cela signifierait qu'un mouvement ouvrier extraordinaire s'est produit dans tout le pays, comme lorsqu'en 1936 les travailleurs avaient obtenu les congés payés, comme en 1968 lorsque les salaires ont augmenté de 33 %. Mon objectif, c'est de faire entendre le ras-le-bol et la colère contre les patrons et le gouvernement qui est à leur service. Il faut une opposition ouvrière au gouvernement, il faut marquer le camp des travailleurs. C'est aux classes populaires, aux petits commerçants et aux artisans de défendre leurs intérêts, de s'opposer au système capitaliste. »
-Un ralliement possible au second tour ?
Approchée par Jacky Hénin (PC) ces derniers mois, Françoise Millot assume le choix de Lutte ouvrière, qui sur le plan national refuse les alliances. « Aucun parti ne critique autant que nous le bilan de François Hollande. Les autres, le Parti communiste inclus, ne sont pas clairs dans leurs positions. J'espère faire le plus possible au premier tour, mais ce sont les résultats de ce premier tour qui établiront les rapports de force. »
-L'extrême droite et les migrants.
Françoise Millot revendique son appartenance à l'extrême gauche. Que pense-t-elle de l'extrême droite ? « Ce que fait Marine LePen, c'est déguiser le Front national en parti populaire, alors qu'en réalité le FN est au service de la bourgeoisie. Selon moi, Natacha Bouchart est dans le même camp. Tout comme Manuel Valls qui se vante des expulsions. L'extrême droite véhicule des idées nauséabondes et de sinistre mémoire. Moi, j'admire à Calais ces migrants qui ont fui la misère et la guerre. » Et que ferait la candidate Françoise Millot pour les migrants du Calaisis ? « Il faut les accueillir humainement, ils ont le droit de se loger, de manger, de dormir dans de bonnes conditions. L'argent donné pour le renouvellement des armes de guerre serait plus utiles aux démunis. »
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