La Voix du Nord : La révolution ouvrière a-t-elle encore un avenir en 2013?
Luc a rejoint Lutte ouvrière en 1998. «Mon épouse votait Arlette depuis plusieurs années.»
La section Lutte ouvrière de Lille et ses environs a accueilli plus de 600 personnes pour sa fête à l'Espace Concorde hier. Des hommes, des femmes, beaucoup de jeunes, des plus âgés, unis sous la même bannière rouge, portés par le même idéal de révolution. Un peu passé d'âge? Pas du tout, répond Luc, 47 ans, dont quinze passés à faire avancer la condition des travailleurs. Même si ça n'est pas facile tous les jours.
Il est un peu plus de onze heures à l'Espace Concorde. Dans une ambiance joyeuse, une ribambelle de « camarades » s'affairent à poser les affiches, préparer les sandwiches et hisser haut le portrait de Karl Marx au-dessus des grandes tables sagement alignées. Dans quelques heures, Nathalie Arthaud, promue porte-parole de Lutte ouvrière après le départ de l'emblématique Arlette Laguiller, viendra saluer les adhérents et participer aux différents débats prévus jusque tard dans la nuit.
Jean noir et sweat marine foncé, le longiligne Luc attend ce moment avec impatience. Parce qu'il a des choses à dire. Et des rêves, non, un idéal, à atteindre. Celui qui le pousse à militer depuis qu'il a rejoint le mouvement dans le sillage de l'illustre camarade à la mobylette. C'était en 1998, après avoir observé le travail des militants dans le cadre d'une action syndicale qui avait réussi à faire reculer le patronat. « À travers cette mobilisation, j'ai découvert ce qu'était la politique », résume-t-il. La politique de gauche, pour être précis, dans la lignée de son éducation. « J'ai grandi à Templeuve avec des parents de gauche, reprend-il. À 15 ans, j'ai vu l'espoir qu'avait suscité la victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 1981. Mon père était sorti sur le perron de la maison en criant ! Mais j'ai vu aussi les déceptions engendrées par le parti socialiste, l'impact qu'elles ont pu avoir sur le moral de mes parents. Je ne m'intéressais pas encore trop à la politique, mais quand quelques années plus tard, j'ai commencé à subir l'exploitation en entreprise, je me suis rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond. »
Luc travaille depuis vingt ans pour la même société. Du haut de ses deux décennies d'ancienneté au volant de son chariot élévateur, il touche à peine plus du SMIC. Et se dit vraiment que, bien au-delà du changement, la révolution ça pourrait être maintenant. Enfin, bientôt. Un jour quoi. Alors il parle « travailleurs », « camarades », « capitalistes ». Mais peine à répondre quand on lui fait remarquer que les idéaux révolutionnaires trouvent très peu d'écho dans les urnes. « Les pouvoirs publics et les patrons n'ont pas intérêt à nous mettre en avant, analyse-t-il. Et puis les révolutionnaires ont toujours été marginaux. Pourtant, nous allons dans le mur avec le capitalisme actuel. C'est pour ça que nos militants ont un rôle très actif dans tout un tas de choses. » Lesquelles ? « Nous expliquons aux travailleurs que c'est à eux de faire changer la société, de prendre le pouvoir. C'est aux ouvriers de défendre leurs intérêts, d'avoir un rôle actif dans ce qui est en train de se passer, de prendre confiance en eux. Quand ils se seront révoltés, nous leur proposerons une nouvelle politique, loin de ce qui est aujourd'hui présenté par le PS, la droite et l'extrême-droite. »
Les préceptes du communisme et de son organisation collective apparaissent en filigrane et Luc y croit dur comme fer. Même s'il se rend compte que le temps passe. Lèvera-t-il un jour le poing en l'air sur l'Internationale en ayant enfin piétiné le grand capital? « Il est possible que je ne voie pas l'avènement d'une nouvelle société, avoue-t-il, fataliste. Il a fallu des siècles d'exploitation aux paysans avant qu'ils ne se soulèvent en 1789. Mais aujourd'hui, le système capitaliste est tellement révoltant que je ne me vois pas le laisser faire. La crise actuelle montre qu'il a fait son temps. C'est aux ouvriers, maintenant, de gérer la société. Voilà ce qui me pousse à militer, encore et toujours. » Quitte à passer pour un utopiste. « Au fond, c'est autant utopiste de croire que la société va changer avec les élections, non? »
© Voix du Nord