Nord-Littoral :  Migrants : la chasse à l'homme continue

Article de presse
07/10/2013

Natacha Bouchard, en juillet, avait sollicité du ministre de l'Intérieur Manuel Valls l'accélération des procédures d'expulsion des abris de fortune occupés par les migrants. La maire UMP a été entendue : les évacuations se sont multipliées. Avec le gouvernement Hollande, les militants des associations avaient espéré une amélioration. Mais sur le fond rien n'a changé. Les migrants fuient toujours la misère, la dictature ou la guerre de leur propre pays.

Les grandes puissances, comme la France, sont les premières responsables de ces situations tragiques : elles mettent les pays pauvres en coupe réglée, leurs multinationales y pillent les ressources, leurs interventions militaires y écrasent les peuples. Ces réfugiés ont parcouru des milliers de kilomètres au péril de leur vie pour tenter le passage en Angleterre dans l'espoir d'une vie meilleure. La traque policière à Calais ne fait que s'ajouter à leurs souffrances. Autour, c'est le bal des hypocrites. Le sous-préfet s'est vanté d'avoir fait évacuer un hangar "dans le respect de la dignité humaine ". Il invoquait "l'insalubrité "et "l'insécurité "du lieu, argument que reprend Natacha Bouchard. Comme si vivre dans la rue, ce n'était pas pire !

Pour justifier ces expulsions, les politiciens montent en épingle les éventuels incidents entre réfugiés et riverains. Mais le vrai problème pour les habitants de la ville, ce n'est pas les migrants, c'est l'aggravation du chômage. Qui est responsable des licenciements à tour de bras, des liquidations d'entreprises, de la faillite des petits commerces ? Ce sont les actionnaires des multinationales qui ne cherchent qu'à engranger encore plus de profits, et les gouvernements successifs à leur service qui amputent les revenus des classes populaires.

Pour masquer la responsabilité des capitalistes, de nombreux politiciens de l'UMP et du PS tentent de détourner la colère contre les populations les plus démunies. La propagande contre les migrants désignés comme bouc émissaire va dans le même sens que l'ignoble campagne gouvernementale contre les Roms menée actuellement par Manuel Vals, et relayée par la droite.

Ceux qui agitent les préjugés xénophobes et racistes, dans l'espoir de retombées électorales, jouent un jeu dangereux. Car ce sont les plus réactionnaires, Marine Le Pen et ses semblables, qui en profiteront. Et l'extrême-droite au pouvoir, ce n'est pas seulement aux migrants ou aux Roms qu'elle s'en prendra : c'est toute la société qu'elle voudra faire marcher au pas... pour le plus grand bien des capitalistes.

Françoise Millot (porte-parole de Lutte Ouvrière sur Calais)

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