Nord-Littoral : Nathalie Arthaud et les municipales : « Pas d'alliance pour Lutte Ouvrière »
Nathalie Arthaud a consacré sa journée d'hier à discuter avec les passants, en compagnie des militants locaux de Lutte Ouvrière.
Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte Ouvrière, vient régulièrement à Calais. En compagnie des militants locaux, dont Françoise Millot, elle a consacré sa journée d'hier à ouvrir la conversation avec les passants, devant les 4 B.
On vous voit assez régulièrement à Calais... Effectivement j'aime bien donner un coup de main aux camarades, et parler de notre orientation politique. Nous nous préparons également aux deux campagnes électorales que nous mènerons l'année prochaine, les municipales et les européennes (...)
Quels messages souhaitez-vous faire passer ? Nous dénonçons la politique du gouvernement socialiste. Nous marquons notre opposition à ce gouvernement, mais une opposition du point de vue des travailleurs, sans ouvrir un boulevard à la droite et à l'extrême-droite... Il (François Hollande, ndlr) n'a fait que renier les quelques promesses qu'il avait faites et s'est écrasé devant le patronat. On l'a vu avec la loi sur la flexibilité de l'emploi (l'ANI, Accord national interprofessionnel ), et on le verra malheureusement à la rentrée avec la réforme des retraites. Pour les travailleurs, la situation ne fait qu'empirer. La crise continue. Le patronat ne pense qu'à licencier. Deux chiffres : 1 000 chômeurs de plus chaque jour ; et 25 % d'augmentation de la richesse des 500 plus grandes fortunes en un an. Voilà le résultat de la politique du gouvernement. La crise est intégralement supportée par les travailleurs, les exploités. Pourtant les mesures sont faciles à prendre : quand les prix augment de 5 %, on augmente les pensions et les salaires de 5 %.
Localement, le NPA a fait savoir au PCF qu'il ne s'associerait pas à une alliance PC/PS, y compris au second tour. Quelle est la position de Lutte Ouvrière pour les municipales à Calais ? Lutte Ouvrière ne fera alliance avec personne, et certainement pas avec le PS qui est le bras armé du patronat. Dans la mesure du possible, nous ferons notre propre liste. Nous, nous ne sommes pas dans une logique de "votez pour nous", nous menons un combat. Un combat pour l'interdiction des licenciements, et un combat pour la répartition du travail sans diminution de salaire. Voilà pourquoi il faut se battre, et c'est aux travailleurs de mener ce combat, de l'intérieur. Pour nous, il est plus utopique de croire que les élections vont changer les choses, que de croire que la lutte va changer les choses. Notre combat c'est que l'argent soit réparti dans les salaires de tout le monde, et non aspiré en permanence dans des fortunes privées. Ce n'est pas une fatalité, ce sont des choix.
La France devrait-elle s'isoler économiquement pour se mettre à l'abri des affres de l'économie mondiale ? Il n'est évidemment pas question de s'isoler, et on ne croit pas au protectionnisme. Au contraire, la lutte doit se faire dans tous les pays, comme elle s'est faite lors des révolutions arabes. Il faut compter sur un phénomène d'extension. Et il faut arrêter de croire qu'il y a "la méchante Europe d'un côté" et "le bon gouvernement qui fait ce qu'il peut" de l'autre. Quand Hollande a décidé d'augmenter la TVA, il n'a pas demandé son avis à Merkel. Dire que tout ce qui est mauvais vient de Bruxelles, c'est un jeu politique.
Vous êtes pour un retour de la retraite à 60 ans, malgré le vieillissement de la population... Bien sûr. Pourquoi c'était possible en 1981 et que cela ne le serait plus aujourd'hui ? Parce que le contexte a changé ? Et pourtant on produit plus qu'il y a trente ans, deux fois plus de richesses produites.
Vous être attachée à la notion de classe ouvrière, alors que ce mot tend à disparaître du vocabulaire. Sur les chantiers, on ne dit plus "ouvriers" mais "compagnons". Détrompez-vous. Beaucoup de gens comme aujourd'hui nous disent "Je suis ouvrier", et ils ont raison d'en être fiers. Il ne faut pas se laisser avoir par le discours médiatique dominant, où, effectivement on ne dit plus "ouvriers" mais "classe moyenne". Nous sommes tous de la "classe moyenne", c'est tellement plus simple. Une fois, on m'a dit : "Moi, je suis privilégié, je suis au SMIC". Vous vous rendez compte où on en est ? Non seulement les mots "ouvrier" et "travailleur" ont encore un sens, mais nous sommes fiers d'être des travailleurs et d'être des ouvriers.
Grégory FAUCQUEZ
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