Nord-Littoral :  Près d'un million d'argent public pour une milliardaire ?

Article de presse
15/11/2012

Qui est pour ?

L'entreprise Schaeffler déménage du centre-ville de Calais en zone franche, pour disposer de locaux plus grands... et payer moins d'impôts. Elle a le culot de demander des subventions pour s'installer. La communauté d'agglomération, de droite, va lui avancer 300 000 euros, pour une période de 5 ans, au taux de 0 %. La Région et l'Etat, dirigés par le PS, vont y ajouter 600 000 euros.

En contrepartie, la direction dit s'engager à conserver les 270 CDI à Calais et à en créer 50. Même si cette promesse était respectée, il n'en reste pas moins que Schaeffler-Calais a supprimé près des 2/3 des CDI en dix ans. Débloquer de l'argent public pour Schaeffler, c'est encourager les licencieurs !

Et ce serait une garantie pour l'emploi ? Le local où va déménager Schaeffler, c'est l'ancienne usine Bellier, qui a en son temps bénéficié du même "fonds de rénovation" pour maintenir les emplois. Bellier a encaissé et fermé ensuite. Tout un symbole !

Que l'UMP et le PS soient pour, il n'y a pas de quoi étonner les travailleurs. Mais même le Parti communiste a plaidé au Conseil régional pour la subvention, appelant juste à "beaucoup de vigilance" : de quoi faire trembler la direction de Schaeffler !

Madame Schaeffler, une baronne du capitalisme

Schaeffler n'est pas une PME en difficulté mais un groupe mondial dont le siège est en Allemagne. Maria Elisabeth Schaeffler, actionnaire principale, exploite 74 000 salariés dans 51 pays, sur 186 sites. Elle a les moyens de se payer un déménagement !

En 2008 elle a avalé Continental, le 4ème fabricant mondial du pneu, un groupe trois fois plus gros que sa propre société : ne disposant que de 3 milliards pour un coût de 8 milliards, elle a échafaudé secrètement, en s'associant avec des banques, un montage financier douteux, qui a amené le groupe au bord de la faillite. En Allemagne, les larmes de Maria Elisabeth Shaeffler, quémandant une aide de l'Etat, avaient alors fait la une des journaux.

Elle met en danger les usines et les travailleurs menacés de licenciements, mais pas sa fortune personnelle, estimée à 10 milliards de dollars.

Les ouvriers doivent défendre leur seul bien, leur emploi.

Mais qui peut être sûr que son avidité ne va pas mener à la catastrophe ? Que ce soit à cause de ses jeux financiers irresponsables, ou comme le craignent les travailleurs de Schaeffler-Calais, à cause d'une éventuelle délocalisation, c'est bien Madame Schaeffler la destructrice d'emplois, pas les quelques salariés chinois envoyés en formation. Les travailleurs ont mille fois raison de se méfier, de défendre leur emploi, par la lutte : leur grève, mardi et mercredi, montre qu'ils en sont conscients.

Que Madame Schaeffler prenne sur sa fortune, accumulée sur le dos des ouvriers de Calais et d'ailleurs, pour maintenir les emplois, et même embaucher ! Ce ne serait que justice !

Françoise MILLOT, porte-parole de Lutte Ouvrière sur le Calaisis

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