Villeurbanne : Législatives Lutte ouvrière : « Quand on montre sa force, on peut obtenir »
C’est le credo de la candidature Lutte ouvrière aux législatives, portée par Claire Lainez et son suppléant Philippe Bruneau. Ils défendront « un programme de lutte ».
Claire Lainez-Philippe Bruneau : le ticket Lutte ouvrière était déjà celui-ci aux législatives de 2012. Qu’est-ce qui a changé depuis ?
P. B. : « La situation des chômeurs s’est dégradée et la misère a gagné du terrain. Tout comme la suspicion envers les élites et les partis. L’électorat est plus volatil, déboussolé, en perte de repères. C’est assez inquiétant, car les idées réactionnaires progressent, tout comme le protectionnisme et le racisme, qui finissent par diviser notre classe sociale. »
Vous aviez récolté 0,53 % des suffrages il y a cinq ans. Vous ambitionnez d’améliorer ce score ?
C. L. : « Nous ne cherchons ni à améliorer notre score, ni un mandat car nous considérons que ce ne sont pas les élections qui changent la société. Le futur locataire de l’Élysée ne sera pas le sauveur suprême, au contraire, quel qu’il soit, il ne gouvernera que pour le patronat et la bourgeoisie. Nathalie Arthaud, notre candidate à l’élection présidentielle, ne rêve pas de l’Élysée : elle se bat aux côtés des travailleurs. »
Pourquoi faites-vous campagne si vous n’envisagez pas d’être élus ?
P. B. : « La campagne est l’occasion d’exprimer nos idées. Et ce n’est pas un simple témoignage, c’est un geste politique. Notre objectif est de populariser un programme de lutte, c’est-à-dire une force unie et solidaire contre la bourgeoisie, qui s’enrichit au détriment du peuple. »
C. L. : « L’affaire du jeune Théo est révélatrice de l’injustice de notre société, entre ce jeune de banlieue, au chômage et victime de violences policières, et le fils de François Fillon, qui est payé 5 000 € pour un job étudiant. Les gens sont choqués de voir cela, alors que, pour eux, c’est la galère. »
Quelles sont les idées que vous défendrez durant cette campagne ?
C. L. : « Nous défendrons l’interdiction des licenciements, la répartition du travail, 300 € d’augmentation des salaires et des pensions et pas un salaire inférieur à 1 800 € net. Nous demandons également la levée du secret bancaire. »
Le salaire universel, qu’en pensez-vous ?
C. L. : « Nous sommes contre, car nous pensons qu’il y a du travail pour tout le monde. Et que l’on peut en créer : il faudrait embaucher dans la fonction publique, pour la santé, l’éducation, les transports… Il y a les moyens de faire travailler tout le monde à condition de prendre sur les profits. »
C’est un point commun avec Jean-Luc Mélenchon, lui aussi opposé au salaire universel.
P. B. : « On n’a pas confiance en Jean-Luc Mélenchon, qui a été ministre de Lionel Jospin et est un adorateur de François Mitterand… Il est protectionniste et nous, pas du tout. Ça veut dire quoi être protectionniste à Villeurbanne ? Valider les licenciements à General Electric ? Le nationalisme, c’est de l’ânerie pure : on ne va pas régler en France la crise du capitalisme mondiale. Ce n’est pas qu’éthique, c’est une question d’efficacité ! »
Vous parlez d’un “programme de lutte”. Comment l’appliquer ?
C. L. : « Les manifestations contre la “loi Travail” sont un exemple de ce que les travailleurs peuvent faire. Quand on montre sa force, on peut obtenir. Il faut mettre en avant ce qui peut nous rassembler, contrairement au Front national qui divise en présentant les immigrés comme des boucs émissaires. Ceux qui sont responsables du chômage, ce sont ceux qui ferment les usines. »
P. B. : « Ce sont les employés qui font tourner la société. Le monde du travail représente une force, qui doit prendre le pouvoir. »
Recueilli par Emmanuelle Babe
© Le Progrès (22/02/2017) - Droits de reproduction et de diffusion réservés