Le Dauphiné Libéré :  Communiste, pure et tendre

Article de presse
12/01/2013

Dur de succéder à Arlette Laguiller rompue à six présidentielles... Nathalie Arthaud, qui fut sa porte-parole en 2007, tente avec sa jeunesse de remettre au goût du jour un discours bien connu, de sortir de l'anonymat et de décoller dans les sondages.


"Travailleurs, travailleuses". Le slogan n'a pas varié, le courage, la douceur, peu compatible avec la révolution, non plus. Mais là où l'emblématique Arlette Laguiller avait forgé son aura à l'ancienneté, l'ex-porte-parole débute timidement. Dans les pas de Nathalie Arthaud, Drômoise de 42 ans, pas vue à la télé.

Sa bouche se contracte, ses sourcils se froncent et son visage quadragénaire, le plus jeune de la campagne, se durcit. Nathalie Arthaud fait les gros yeux, telle une instit à des élèves roublards qui, à la question "qu'est-ce que tu feras plus tard ?" auraient répondu "trader", comme d'autres "maquereau". D'une voix rehaussée, elle scande des notions qui semblent d'un autre temps : bourgeoisie, lutte des classes et citations de Marx. L'authentique candidate communiste - la dernière - c'est elle. Puis, ses yeux s'ouvrent en grand, une candeur émane comme si la solution était dans la lumière qu'elle aperçoit. Un militant la juge tendre, la camarade. "Nathalie, on a affaire à des pisse-froids, maintenant, il faut taper du poing, qu'ils sentent la peur." Celle qui ne semble être qu'amour se rembrunit et tente de muscler le discours : "Tu as raison il faut que les capitalistes sentent la peur du monde du travail, mais quand même je te sens un peu pessimiste."

L'ombre et la lumière

Posée tel un coquelicot dans le décor rouge de la salle du Prisme de Seyssins, faubourg grenoblois au pied du Vercors, Nathalie Arthaud apparaît comme un clone d'Arlette Laguiller, sans la patine des années qui a fait l'aspérité des observateurs, le miel des imitateurs. L'ombre de l'employée du Crédit Lyonnais, première femme candidate en 1974, plane sur elle telle une éclipse de notoriété. Et puis, avec 0,5 % d'intentions de vote, on aimerait vous y voir, vous, à la révolution... Durant la première phase de campagne, le principe d'équité lui a valu 3 % à peine de l'éclairage audiovisuel dixit le CSA.

Justement ce 20 mars, jour du meeting de Grenoble, on entre dans la dernière ligne droite, promesse d'une stricte égalité du temps de parole. "Pour nous, c'est important, il y a des rendez-vous médiatiques à ne pas rater et côté terrain on va lever le pied", explique Philippe Royan, son attaché de communication.

"On n'a pas un jet"

Le temps presse et à la récupération de l'actu, même sociale, l'ex-volleyeuse est peu à l'aise. "Je ne défile pas dans les entreprises comme ça, il faut m'inviter". Et puis, Lutte ouvrière fait avec ses moyens. "On n'a pas un jet", objecte-t-on. Dès septembre, la prof en congé fut la première à écumer l'Hexagone. Désormais son agenda se concentre sur les allers-retours pour 15 meetings de province et ces plateaux parisiens. Au 13 heures de France Culture, elle s'est démarquée, en pleine émotion toulousaine, refusant de mettre entre parenthèses sa campagne. Arthaud dénonce la comédie de l'union nationale. Dès la sortie du TGV, son portable crépite, les radios l'appellent alors qu'elle s'engouffre dans un Scénic, direction la salle des fêtes.

Arlette dans le bureau

Le matin, elle a quitté le bureau où elle cohabite avec son ancienne mentor dont elle fut la porte-parole lors de la dernière campagne, la figure de LO qui réalisa 5,72 %, un record, en 2002. "Je la vois tous les jours. Arlette me dit ce qu'elle ressent et ce qu'il faut que j'améliore". Dans l'Isère, à 80 km de ses terres natales, Arthaud est presqu'à domicile. Fille de garagiste de la Drôme, dans son village de Peyrins, elle jouait de la trompette avec l'harmonie. À 20 ans, sa lecture du manifeste du parti communiste fut une révélation. Prof d'éco en banlieues chaudes, son parcours est au diapason de son engagement.

Pour sa venue, les militants ont collé 2000 affiches. Lucides, les camarades ont loué une salle à la mesure de l'auditoire : 200 personnes, soit le nombre d'encartés Lutte ouvrière sur le département. En fond, la sono distille, sans trop de watts, Lavilliers et son "Travailler encore". Et puis ce fameux air qui reprend comme un 78 tours rayé : "Travailleurs, travailleuses", entonne Arthaud. "Ce slogan est moqué. Mais j'en suis convaincue : les travailleurs sont capables de renverser le grand capital." Hissez haut le drapeau rouge.

Un jeune homme, cheveux longs mais pas idées courtes, objecte que le patronat, c'est aussi des PME qui innovent. La prof affiche un rictus : "Derrière il y a des groupes qui en ont plein le coffre et la même loi de la jungle. Seule l'œuvre collective est enthousiasmante". Elle le martèle : "Je serai la seule candidate communiste". Quid du NPA, dont le leader souffre aussi d'anonymat et qui, excepté sur le nucléaire, dit comme elle ? "Non, ils ont banni le communisme de leur discours". En matière révolutionnaire, Mélenchon le cogneur se pose là, non ? Pfft, un faux nez du PS, relativise la candidate. "Il incarne la trahison des socialistes. Avec sa révolution citoyenne, il parle de VI e République, nous de renverser la bourgeoisie, d'un nouveau mai 1968."

"C'est quoi la bourgeoisie ?"

Mais qu'est-ce donc à la fin que la bourgeoisie, interroge un garçon, bien jeune. Pédagogue, elle répond : "Il y a ceux qui vivent de leurs capitaux et ceux qui n'ont que la force de leur travail. On n'est pas à égalité. Les classes sociales c'est une réalité. Mme Bettencourt touche un million d'euros de dividendes par jour." Le garçon, qui ne croise pas au quotidien des spécimens comme l'héritière L'Oréal, semble moyennement convaincu. Longue sera la marche révolutionnaire qui guide l'allure frêle de Nathalie Arthaud. La lutte finale n'est pas pour demain. À l'agenda de ce 21 mars, les studios de la Chaîne parlementaire l'attendent pour enregistrer "Questions d'info".

Antoine Chandellier - Christophe Agostinis

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