Le Progrès :  Election municipale partielle de Vénissieux (22 mars)

Article de presse
17/03/2015

À Vénissieux, on vote dimanche ! On le rappelle : les élections de l'an dernier ont été annulées par le Conseil d'État à la suite d'irrégularités constatées sur la liste d'ultra-droite Benedetti-Gabriac. Cette fois, cinq listes sont en piste. Les candidats ont planché sur quatre thématiques : emploi, sécurité, renouvellement urbain et vivre-ensemble. Vous trouverez leurs propositions ci-dessous.

La future Maison de l'Emploi est au programme de toutes les listes

Avec un taux de chômage de 28 %, Vénissieux est l'une des cinq communes de l'agglomération où la précarité s'est aggravée. L'industrie perd des emplois. Comment faire venir des investisseurs dans la ville ? Une chose semble sûre : il devrait y avoir une Maison de l'emploi regroupant la Mission Locale et Pôle Emploi dans les années à venir. Tous les candidat(e)s la souhaitent pour dynamiser l'emploi sur la ville.

Michèle Picard

Michèle Picard (PC) a réclamé un plan Orsec pour l'industrie, déplorant « 30 ans de désindustrialisation » au niveau de l'État. Elle a mis en avant les efforts de la ville pour faciliter l'implantation d'entreprises comme la concession BMW ou Carso et ses 550 emplois, qui pourraient devenir 700. « Nous avons créé une charte de coopération : vingt entreprises sont prêtes à la signer pour devenir partenaires de la ville pour l'emploi », dit-elle en rappelant son combat pour que l'Afpa ne ferme pas ses portes.

Lotfi Ben Khelifa

« 1 % du budget de la ville pour le développement économique, c'est trop peu ! », souligne Lotfi Ben Khelifa (PS) qui regrette à plusieurs reprises qu'il n'y ait pas assez de Vénissians dans les entreprises de Vénissieux. Il s'inquiète des commerces qui quittent le centre-ville, des clauses d'insertion qui ne sont pas respectées. Il promet de créer de l'activité pour 1 000 jeunes : 250 emplois d'avenir, 400 emplois insertion, 350 services civiques.

Christophe Girard

« Les jeunes diplômés qui restent sans emploi, c'est un contre-exemple pour les générations qui les suivent », déclare Christophe Girard (DvD). « Travailler pour l'emploi, c'est changer l'image de la ville. Il n'y a pas de dynamique commerciale. Vénissieux a un grand potentiel. Nous pourrions être au cœur du grand pôle métropolitain qui relie Lyon, Saint-Etienne et le Nord-Isère, mais nous sommes à la traîne », dit-il. Il propose de favoriser l'embauche des Vénissians, et de créer des dispositifs spécifiques de formation.

Damien Monchau

Damien Monchau (FN) estime que « la situation de chômage élevé est la conséquence de la politique nationale désastreuse menée par la gauche et la droite. La désindustrialisation est due à l'absence de frontières et de protectionnisme. » Le candidat FN propose de créer un poste d'adjoint chargé de l'emploi qui veillerait à organiser des forums métiers pour que les demandeurs d'emploi découvrent toutes les options qui s'offrent à eux. « La ville est ternie par la délinquance. Il faut créer un terreau de relance par l'initiative locale », dit-il en plaidant pour une politique fiscale qui encourage les investisseurs.

Jean-Pierre Tardy

« Le chômage, c'est le problème numéro 1. Notre ennemi , c'est le grand patronat qui licencie et qui crée la misère. Toute la société retourne en arrière. La solution n'est pas municipale : si j'étais maire, je ne pourrais pas embaucher tous les chômeurs ! », affirme Jean-Pierre Tardy. Le candidat de Lutte Ouvrière demande l'interdiction des licenciements. « Il faut que les travailleurs se réveillent face à ces charlatans qui œuvrent contre eux », conclut-il.

Délinquance : les uns veulent plus de fermeté, les autres plus de prévention

Christophe Girard

Le candidat divers droite déplore « un manque de fermeté » en matière de sécurité à Vénissieux. « La baisse de la délinquance est toute relative », estime-t-il, en appelant

à « restaurer l'autorité par le service ». Cela passe notamment selon lui par « plus d'effectifs de policiers municipaux », mais aussi, par l'utilisation de caméras embarquées. « Mais », insiste-t-il, « ce n'est pas seulement une question de police municipale : tout compte, l'emploi, la mixité sociale, le commerce... » Et d'inviter à s'inspirer de l'exemple de la ville de Courcouronnes (Essonne).

Damien Monchau

C'est un autre exemple que cite Damien Monchau (FN) : celui de Béziers (Hérault). « Ils ont créé une brigade canine efficace. Je propose la même chose pour Vénissieux

». Le candidat frontiste veut plus de policiers municipaux, avec des caméras portatives dissuasives. Il souhaite aussi « redonner un rôle au citoyen dans l'apport d'informations » à la police. « La peur doit changer de camp », résume celui qui considère la sécurité comme « le premier des droits sociaux ».

Lotfi Ben Khelifa

Hostile au recrutement supplémentaire de policiers municipaux (« Il faut plutôt voir du côté de l'État »), le candidat socialiste juge plus important de « développer l'îlotage » et de « favoriser la prévention », car « la répression ne suffit pas » - ce qu'il résume de cette formule : « Je préfère recruter un éducateur qu'un policier municipal ». D'autant qu'il n'y a, selon lui, « pas plus de délinquance ici qu'ailleurs ».

Michèle Picard

Le maire sortant PCF défend son bilan. « La délinquance à Vénissieux est légèrement en dessous de la moyenne de l'agglomération. Le nombre de voitures brûlées (entre 220 et 230 par an) a baissé de 40 % depuis 2009 », rapporte-t-elle, avant de mettre en avant les conventions entre la police municipale et la nationale, mais aussi « le travail de fond » qui est mené, par exemple pour faire reculer aussi « le sentiment d' insécurité » par l'amélioration de l'éclairage public. Sans nier « le fléau des trafics », Michèle Picard en attribue la responsabilité principale à la situation économique : « Tant qu'on n'aura pas revalorisé le travail, ça ne changera pas ».

Jean-Pierre Tardy

Avant elle, Jean-Pierre Tardy (LO) avait tenu un discours similaire : « Perdre son emploi, c'est la source de toutes les violences. Ce n'est pas avec une société policière qu'on va régler le problème. » Pour lui, l'important est de « privilégier la prévention », notamment par des embauches dans le secteur de la petite enfance, mais aussi en luttant à un autre niveau « contre la délinquance financière et les paradis fiscaux ».

L'urbanisation cristallise les oppositions

Rénovation urbaine. Les cinq candidats livrent des visions bien différentes de la densification en cours dans une ville comptant un peu plus de 50 % de logements sociaux.

Lotfi Ben Khelifa

Hors la Métropole, point de salut ! Tel est le credo de Lotfi Ben Khelifa (PS), qui souligne : « Armstrong, Vénissy, ces opérations de renouvellement urbain aux Minguettes ont bénéficié des millions du Grand Lyon pour aboutir. Je conduis la seule liste qui s'inscrit dans la majorité métropolitaine et donc la mieux à même de peser pour casser l'apartheid géographique ».

Christophe Girard

« Qui vient prendre un pot à Vénissieux ? Les gens se détournent de la ville », lance Christophe Girard. La faute, selon lui, à la densification et à l'incohérence urbanistique dont témoigne la construction d'immeubles au milieu de zones pavillonnaires. Il faut donner un coup d'arrêt au bétonnage, relancer le commerce de proximité. En la matière, des villes comme Oullins prouvent que c'est possible. »

Damien Monchau

Même sombre tableau dressé par Damien Monchau. Lequel juge « la ville peu agréable à vivre, anxiogène en raison de la politique du bétonnage. Afin de la rendre plus attractive et de rompre avec la jungle urbaine, il faut l'embellir, via notamment une revégétalisation, pour attirer les classes moyennes. »

Jean-Pierre Tardy

« Bizarre que M. Monchau trouve Vénissieux peu agréable alors qu'il vient de s'y installer », tacle Jean-Pierre Tardy. Avant de considérer : « Comme tous les bourgeois, Christophe Girard est contre le logement social. Dans ce domaine, l'État doit prendre ses responsabilités, contourner les bailleurs, et créer un office public du logement pour répondre aux besoins de millions de mal-logés. »

Michèle Picard

Répondant à Lotfi Ben Khelifa, Michèle Picard précise : « Nous sommes dans la majorité à la Métropole mais pas dans l'exécutif. Beaucoup de projets sont sur les rails : le Puisoz, le quartier « gare », le coeur de ville, avec des logements, du tertiaire et de grandes enseignes. La Métropole doit faire avancer de manière équitable ses territoires. Vénissieux est une ville de la première couronne et a vocation à se densifier de manière raisonnée. Depuis 10 ans, elle gagne des habitants. Malgré le désengagement de l'État, nous faisons le choix politique fort de maintenir 50 % de logements sociaux à Vénissieux. Nous avons 2 000 demandes sur la ville, il faut répondre aux besoins. »

Comment réveiller les citoyens ?

Vivre ensemble. Après les attentats à Paris, début janvier, le gouvernement a décrété une mobilisation générale sur cette question de la cohésion nationale. Pendant le débat, ce sujet a sans doute été celui qui a le plus échauffé les esprits, des candidats comme du public. Tour d'horizon des propositions de chacun.

Damien Monchau

Après être revenu sur le « désintéressement des citoyens pour la politique »,le candidat frontiste a modifié l'expression : « Comment remettre de la concorde civile et sociale ? » Selon lui, le thème est transversal et touche à tous les domaines : « Saine gestion des finances, sécurité, rénovation, etc. » L'une de ses mesures phares est la mise en place de « référendums d'initiative locale pour les sujets qui touchent à la politique urbaine ». « Il faut une saine gestion de la vie associative, sans clientélisme », a-t-il conclu.

Jean-PierreTardy

Le candidat LO a, quant à lui, remis en cause le sens même de l'expression : « L'unité nationale est un piège tendu aux travailleurs. Je ne suis pas frère avec ceux qui vivent sur mon dos », a-t-il martelé. Selon lui, « les travailleurs doivent être prêts à rendre les coups ». Il estime que l'après Charlie « ne changera rien » car « la jeunesse a la rage ». Il souhaite « remettre des militants dans les quartiers » et « changer la société pour redonner espoir ».

Michèle Picard

La candidate sortante a détaillé les grandes lignes de son action en faveur du vivre ensemble : « Les fêtes de quartier, le conseil municipal des enfants, la culture et le spor t . » Par ailleurs, elle a insisté sur l'implication de la jeunesse dans la vie de la ville à travers les commémorations ou encore la journée internationale des droits des femmes. Il faut, selon elle, « améliorer les relations entre habitants ».

Lotfi Ben Khelifa

Il a pris la parole en critiquant l'équipe municipale sortante : « Comment pouvez-vous défendre le vivre ensemble alors que votre premier adjoint a dit que l'immigration n'est pas une chance pour la France ? » Le candidat socialiste souhaite mettre en place « un conseil d'habitants tirés au sort ». Il se positionne pour « repenser l'urbanisme » et pour des « repas diversifiés, c'est-à-dire faire en sorte que les enfants mangent ensemble ».

Christophe Girard

Le candidat de la droite a pris la parole en lançant une pique à ses adversaires : « Bien plus que d'en parler, il faut le faire. » Il estime que cela passe tout d'abord par une présence du maire, « à l'écoute, proche des Vénissians, facilitateur ». S'il est élu, il entend « libérer les énergies des associations et supprimer le clientélisme », « dynamiser les centres sociaux », « développer le périscolaire petite enfance, en lien avec les associations et les parents » et « réhabiliter la politique par le dialogue ».

Laurence Loison - Nicolas Ballet - Hervé Pupier - L.S.

Photo Joël Philippon

© Le Progrès - Édition de l'Est lyonnais (17/03/2015)

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