La Voix de l'Ain :  "Les assistés, ce sont les grands groupes"

Article de presse
14/01/2013


Focus sur la liste de Lutte Ouvrière

Porte-parole nationale de Lutte ouvrière depuis un peu plus d'un an, ayant la lourde tâche de succéder à l'emblématique Arlette Laguiller, la drômoise Nathalie Arthaud est tête de liste régionale de Lutte ouvrière pour le scrutin des 14 et 21 mars. Pour elle, ces élections sont avant tout un moyen de pousser un « cri de colère » face aux difficultés que connaissent les travailleurs.

A l'heure du débat sur l'identité nationale, peut-on parler d'identité régionale ?

En ce qui me concerne, je ne me sens pas avoir ni une identité régionale, ni nationale, je suis une Terrienne, de la planète Terre. Quand arrive une catastrophe à Haïti, je souffre aussi et je ne pense pas être un cas particulier. On se sent tous êtres humains. A un autre niveau, on peut être attaché à notre région, notre village ou notre département, mais c'est l'histoire personnelle de chacun.

Que pensez-vous du débat sur le coût du nouveau siège du conseil régional ?

Je ne participe pas à cette discussion. C'est le seul point sur lequel s'empoignent la gauche et la droite, est-ce leur seule différence ? Il y a des choses beaucoup plus importantes dont on doit parler durant ces élections.

Votre réponse est la même concernant les frais de communication que la droite reproche à la mandature précédente?

Oui. La droite reproche cela à Queyranne, la gauche va le reprocher à Michel Mercier à l'échelle du département du Rhône. Ce sont des bisbilles politiciennes.

Des efforts ont été faits en direction des TER, sont-ils suffisants et dans quelle direction doivent-ils être poursuivis ?

Il y a eu des investissements de fait, c'est vrai. C'est bien beau de mettre en place des TER, mais s'il y a de moins en moins de conducteurs et de travailleurs à la SNCF, ces efforts atteignent vite leurs limites. Il y a de plus en plus de problèmes techniques, mais aussi de problèmes qui sont dus au manque de personnel avec des rames qui sont moins réparées par exemple. Il y a une politique globale de l'État qui consiste à prendre des moyens sur les services publics et cela se traduit par des milliers de suppressions d'emploi à la SNCF. Cela se traduit par moins de gares ouvertes, moins de présence de personnels et cela a des conséquences. Les trains sont de moins en moins visités et contrôlés, le matériel s'use...

Êtes-vous favorable au Lyon-Turin ?

On est favorable au chemin de fer. C'est là encore une question de moyens. Donc on n'y est pas opposé même si notre campagne ne porte pas là-dessus. Elle porte sur les difficultés qu'ont les gens du fait des licenciements, des fermetures d'entreprises, du chômage partiel... Si les gens n'ont plus d'argent pour se déplacer on aura beau avoir de beaux TER, de beaux TGV, cela ne servira à rien.

Justement quelle est, selon vous, la marge de manœuvre de la Région pour aider les bassins d'emploi les plus durement touchés ?

On s'oppose aux aides données aux entreprises. Les grands assistés à l'heure actuelle ce sont les grands groupes. Une entreprise comme Inoplast en Ardèche qui fait partie d'un grand groupe, Plastic omnium, va toucher des millions de la part de l'État ou de la Région dès qu'il y aura une baisse de commandes ou une baisse de ses bénéfices. On a beaucoup aidé les financiers et les banquiers alors qu'ils n'en ont pas besoin. L'argent public doit servir à l'emploi. Il s'agit de permettre à tout un chacun d'avoir un emploi de façon à vivre dignement. Cela me paraît très urgent. Ce n'est pas le boulot qui manque ni dans les écoles, les collèges, les lycées, les hôpitaux ou les transports. [l faut arrêter le détournement d'argent public en direction des grands groupes. Le conseil régional, même dirigé par la gauche, n'est pas un rempart contre les fermetures d'entreprise et les licenciements. Il faut commencer, pour arrêter l'hémorragie, par stopper les suppressions d'emplois.

Par quel biais ?

Il faut les interdire car on sait que quand on est mis dehors, c'est le premier pas qui nous mène vers la misère. C'est immoral aujourd'hui de licencier. Il faut arriver à ce qu'il n'y ait plus aucun licenciement.

Et dans les cas de baisse d'activité ?

On se partage le boulot sans diminution de salaire bien sûr. Les grands groupes ont l'argent pour le faire. Quant aux plus petites, il faut regarder de manière plus précise.

La formation professionnelle marque un peu le pas. Comment proposez-vous de la relancer ?

La formation professionnelle n'est pas le remède contre le chômage. Chez les 18-24 ans, il y a 21 % de chômage et ce n'est pas la population la moins formée. Le problème ne vient pas de la formation mais des suppressions d'emplois. Maintenant, c'est vrai que d'avoir des jeunes en apprentissage, cela arrange les patrons. Certains jeunes en apprentissage ne coûtent qu'un euro de l'heure aux patrons qui les prennent. C'est un effet d'aubaine pour le patronat qui souvent ne les embauche pas à la fin.

Entre le Nouveau parti anticapitaliste, le Front de gauche et vous, Lutte Ouvrière, n'y a-t-il pas une surreprésentation de la gauche de la gauche à ces élections régionales ?

On ne présente pas la même politique. Il y a des différences. Le Front de gauche est un front composé de partis de gouvernement dont l'objectif est de faire partie de l'exécutif de la région avec le Parti socialiste et à terme de revenir au gouvernement comme cela a été fait sous Mitterrand ou Jospin. On a dénoncé cette politique car même avec une étiquette de gauche, ces alliances menaient des politiques de droite qui cédaient au grand patronat, aux trusts, aux financiers qui dictaient leurs politiques. Le Front de gauche nous prépare à nouveau à ça malgré l'espoir de voir arriver une politique bien à gauche alors qu'à la fin les intérêts des travailleurs sont toujours sacrifiés. On ne veut pas semer les illusions.

Quant au NPA, ils ont cherché l'alliance avec le Front de gauche malgré tout ce que je viens de vous dire. Nous, on ne peut pas s'inscrire là-dedans.

Quelle sera la position de Lutte ouvrière entre les deux tours ?

La même qu'au premier tour. Il s'agira de pousser un cri de colère pour dire que les bas salaires, les retraites minables, le chômage, ça suffit. Dire qu'on en a marre d'être écrasé par une minorité qui accumule les milliards. Il n'est pas question de sacrifier ce message-là entre les deux tours.

Donc pas d'alliance envisageable pour faire barrage à la droite ?

Non absolument pas et c'est ce qui nous distingue du Front de gauche car, quand ils sont à l'exécutif et sur des problèmes fondamentaux comme le licenciement ou le chômage, il n'y a rien de différent.

Alexandre Pauze

© La Voix de l'Ain (05-03-2010)