Le Dauphiné Libéré - Grenoble :  Lutte Ouvrière, « les seuls à défendre les travailleurs »

Article de presse
01/03/2014

Dans le grand concert des municipales à Grenoble, manquait encore, jusqu'ici, la "petite musique" des travailleuses et des travailleurs. Mais si, vous savez bien, Arlette Laguiller puis Nathalie Arthaud, et localement, Catherine Brun ou Rémi Adam... Où était passée Lutte Ouvrière, alors que l'actu, depuis des mois, est rythmée par tant de débats, de polémiques et de promesses ? « Nous étions sur le terrain, aux côtés... des travailleurs, devant les usines  », nous répond-on. Soit.

Et les voilà donc, depuis hier, en campagne. 59 noms, une liste déposée en préfecture et l'envie de parler... du national, et rien que du national. L'Esplanade ? L'armement de la police municipale ? Les pistes cyclables ? N'insistez pas ! Et d'ailleurs, « les électeurs, tous les copains de combats que nous rencontrons, ne nous parlent pas de cela, mais de l'augmentation continuelle du chômage, du recul du pouvoir d'achat, de la dégradation des conditions de vie dans les quartiers ouvriers... et aucun de ces problèmes ne peut se résoudre à l'échelle locale  ».

« Copain comme cochon avec le monde de la finance »

Michel Destot ? Le retour d'Alain Carignon ? Toujours pas ! « Nous voulons imposer l'interdiction des licenciements. Il faut aussi que les comptes des grandes entreprises et des grandes banques soient rendus publics, pour que toute la population puisse voir où va l'argent », étant entendu que « le gouvernement est au service du grand patronat, copain comme cochon avec le monde de la finance  ».

« La colère monte », lance la tête de liste Catherine Brun, qui souhaite que cette colère s'exprime le 23 mars dans les urnes, mais surtout dans les rues, attendant « que l'allumette craque  », espérant « un nouveau Mai 68  » histoire « que la peur change de camp  ».Et ça, « nous sommes les seuls à le dire, car nous sommes les seuls à défendre les travailleurs, du Département, de Vencorex, des VFD...»

On leur dit que l'électorat ouvrier vote de plus en plus Front national. Ils répondent que « les Le Pen autres ne sont que des menteurs, ce sont des milliardaires, c'est un parti anti- ouvrier, en fait [...] Nous devons donc nous faire entendre, relever le drapeau de la lutte des classes et ce programme, nous le porterons aussi aux européennes  ». À Grenoble. A Échirolles aussi, à Villefontaine et dans 200 villes de France, « armés de notre enthousiasme  ». On entend aussi le mot « balai  » et on sourit en pensant au "coup de balai" de Mélenchon. « Le balai avec lequel on va coller nos affiches  », précise Catherine Brun.

Et avec François Hollande, « c'est encore pire ! »

Résumons vite. Jusqu'ici, la gauche de la gauche aux élections municipales à Grenoble, elle était soit du côté du candidat socialiste Jérôme Safar, avec le Parti communiste, soit sur la liste du candidat écologiste Eric Piolle, avec le Parti de gauche. Mais ça, c'était avant l'entrée officielle de Lutte Ouvrière en campagne.

« Aux militants de cette gauche, nous disons...»

Et à "LO", on n'est pas tendre avec les "autres" adversaires déclarés du grand capital. Mais alors pas du tout ! « Comment peuvent-ils faire équipe avec les représentants de ce gouvernement et de Hollande, qui se disait l'ennemi de la finance, l'homme du changement, mais qui fait la même politique que Sarkozy et même encore pire, puisque la situation empire ? Avant le second tour de la résidentielle, ils ont tous appelé à voter pour Hollande, ce que nous n'avons pas fait. Ils sont donc, eux aussi, les grands responsables de cette politique qui déçoit tant, qui démoralise et fait le lit des courants et partis de droite et d'extrême droite, de cette politique qui dégrade les services publics, qui permet aux grands patrons de s'en mettre plein les poches [...]

Aux militants de cette gauche, qu'ils soient au PC ou au Parti de gauche, nous disons : "Démarquez-vous " , " rejoignez-nous", "venez avec nous exprimer votre colère, votre ras-le-bol, votre exaspération". Car la seule opposition à la politique de Hollande, aux attaques du grand patronat, à tout ce baratin, à ce grand enfumage, c'est nous ».

On essaie (un peu) de ramener le débat entre Drac et Isère. En ressortant un argument du PS grenoblois : "Ici, la situation est meilleure qu'ailleurs". « C'est faux  », répond Catherine Brun. « Destot, il veut être sur la photo. Mais que peut-il faire d'autre ? Prétendre qu'on peut améliorer la situation des travailleurs au niveau local, sachant qu'en plus, les collectivités locales vont encore bientôt trinquer, c'est une manipulation  ».

Propos recueillis par Stéphane ECHINARD

© Le Dauphiné Libéré (28/02/2014)

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