Le Progrès - Bourg-en-Bresse :  Lutte Ouvrière : « On s’adresse à ceux qui n’ont pas envie de se résigner »

Article de presse
13/03/2014

Dernière liste à s'être dévoilée, Lutte Ouvrière occupe pourtant bien le terrain. Nous les avons suivis lors d'une distribution de tracts à la sortie d'Arcelor.

Une réunion publique, ils en auront bien une, le 19 mars, contrairement à ce qui était prévu. Les colistiers de Lutte Ouvrière, la cinquième liste sur Bourg et petite surprise de cette campagne municipale, s'adaptent vite à la course à la mairie, sans pour autant lâcher leur arme de prédilection : le terrain.

Sur le pavé burgien

Mercredi, comme presque tous les jours, ils «tractent» : le marché, Renault Trucks, Arcelor... En une journée, ils enchaînent les lieux, avec toujours à la bouche une révolte qui gronde : « Rejeter les politiciens au service de la bourgeoisie et faire entendre le camp des travailleurs. Marre que les entreprises fassent de l'argent et ne le redistribuent pas aux salariés. Marre de l'alternance politique gauche-droite qui ne change rien.  »

En matière de « tractage », les membres de LO ont souvent été imités, mais rarement égalés. Ils manient le verbe et le papier, se targuent d'être les rares à faire de la politique « directement à la sortie des usines. »

D'ailleurs, entre 12 h 30 et 13 h 15, côté parking des employés à Arcelor, Maude Lépagnot, tête de liste, accompagnée de deux militants, Eric Lahy et Sam Meyer, est reconnue par beaucoup de travailleurs. « Ils voient que nous ne faisons pas de politique que pendant les municipales, ils nous connaissent.  » Quant aux succès de l'opération, dur à estimer. Presque toutes les voitures qui entrent ou sortent prennent le temps de s'arrêter - brièvement - et de prendre un tract. En revanche, peu s'attardent. Il faut être rapide pour lancer son message, comme une bouteille à la mer : « Nous sommes la seule liste Lutte Ouvrière dans l'Ain, il faut profiter des élections municipales pour sanctionner le gouvernement.  »

Un appel à un vote de colère ? Pas tout à fait, selon Eric Lahy : « On s'adresse à ceux qui ne veulent pas se résigner. C'est évident que ces élections municipales ne vont pas bouleverser notre quotidien. Mais sur le terrain, on se rend compte que les gens ont l'impression d'avoir été trahis par les politiques. Nous souhaitons qu'à travers un bulletin pour LO, ils expriment leur colère.  »

Et Maude Lépagnot de poursuivre : « Un vote pour notre liste aux municipales serait un message sans ambiguïté !  »

Le discours accroche assez. D'accord ou non, certains travailleurs prennent le temps de débattre. Comme cet Isérois, employé par une boîte sous-traitante d'Arcelor, qui est obligé de faire les allers-retours avec le 38 pour ne pas perdre son emploi. Pendant 10 minutes, il parle avec les trois militants : « C'est votre peau à vous que nous défendons, s'enflamme Eric Lahy. C'est dans les bureaux que tout se décide.  »

Redonner le goût du vote

Le salarié dit se reconnaître « dans la problématique et le discours de LO. On ne m'a pas laissé le choix quand le bureau a fermé chez moi, il a fallu suivre le mouvement pour conserver un job. Lutte Ouvrière, ce n'est pas la première fois que je les vois à la sortie de l'usine. C'est bien, mais ce n'est pas assez, on n'entend pas assez de voix qui protestent.  »

Lui ira voter, mais pas à Bourg. Il repart, un peu fataliste tout de même : « Si je ne vous recroise pas la prochaine fois, c'est que je ne travaillerai plus ici...  » Un autre refuse tout net d'aller aux urnes : « C'est fini, je n'y crois plus. Ce n'est pas aux patrons qu'il faut s'attaquer mais aux actionnaires, ce sont eux les responsables !  »

Maude Lépagnot constate que beaucoup de Burgiens, comme lui, ont l'intention de s'abstenir. « Il faut voir ce qui se passe en ce moment, une heure supplémentaire de travail obligatoire et 60 emplois supprimés à Renault Trucks, le gel des retraites complémentaires du privé...  »

Une campagne nationale et pas locale ?

Certains arguments sont très peu locaux, dans la liste LO. « Impossible de déconnecter le local du national, rétorque Eric Lahy. La préoccupation principale des gens, c'est le chômage, les salaires. Savoir que les autres candidats veulent redynamiser le commerce à Bourg [via le Carré Amiot, NDLR] c'est bien, mais si les Burgiens n'ont pas d'argent pour aller faire les courses, ça n'aura aucun intérêt ! »

Amandine Robert

© Le Progrès - Édition de Bourg-en-Bresse (13/03/2014)

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