Le Progrès (Edition de l'Ain) :  Lutte Ouvrière vient partager sa colère sur le terrain

Article de presse
13/01/2013

Vincent Goutagny, tête de liste départementale et ses camarades ont choisi les marchés et les entreprises pour parler de leur programme. La Région n'y est guère présente mais les « cibles » de LO restent les mêmes.

« Le marché » reste l'endroit où on rencontre les gens. Beaucoup de partis ne s'y montrent plus mais nous si ».

Vincent Goutagny, tête de liste pour Lutte Ouvrière dans l'Ain bat le pavé glacial du marché d'Ambérieu un mercredi matin. Une demi-douzaine de ses colistiers l'accompagnent. Drapeaux rouges et pancartes sont déployés. Chacun présente la Une du journal du parti trotskiste qui titre sur « la colère du monde du travail ». Ou tend des tracts aux passants. « C'est gratuit, c'est léger et ça rend intelligent », glisse amusé Eric Lahy, un prof de physique venu prêcher la bonne parole.

« On est surtout là pour discuter, estime Vincent Goutagny. On entend rarement la voix des travailleurs. À part dans les grèves et les manifs. La campagne électorale élargit la tribune que l'on peut avoir ». Le credo asséné pendant des décennies par leur populaire figure de proue Arlette Laguillier reste le même.

Les patrons, les banquiers, les actionnaires oppressent les travailleurs. La droite et les socialistes se moquent d'eux. « Débattre de la Région ne sert à rien », estime la tête de liste. « Les gens connaissent très mal ses compétences. Ce qui les inquiète avant tout c'est le chômage, la crise, les conditions de travail qui se dégradent et les retraites ».

Un sujet qui parle aux nombreuses têtes blanches présentes au marché. Certains évoquent leur « pension de misère » ou « une société de plus en plus individualiste ». Du pain béni pour les militants d'extrême-gauche qui aimeraient transformer cette révolte sourde en un bulletin Lutte Ouvrière le 14 mars. « Votez au moins pour nous le 1er tour, vous pourrez aller à la pêche au second ! », plaisante l'un des camarades.

Les candidats lèvent le camp. Ils ont choisi de s'installer devant l'usine Saint-Gobain à Lagnieu à l'heure du changement d'équipes. L'accueil y est amical. Parfois chaleureux. On descend les vitres des voitures ou on ralentit le pas pour prendre le tract. La discussion s'engage facilement. Les ouvriers sortent d'une série de débrayages en début d'année. Pour protester contre la politique de la direction. Ça rapproche. Le tutoiement s'installe. On évoque Siemens à Saint-Chamond, Continental, les dernières grèves chez Total. « Faut mettre le feu !» lâche un jeune salarié en guise de salut. « Être militant ce n'est pas un sacerdoce », confie Vincent Goutagny à l'heure du départ. « Ça me fait plaisir d'être là, de discuter avec des travailleurs, des gars lucides sur l'état de notre société. Ils souffrent mais ils sont debout. Ils ont en eux la même colère que nous. Cette colère, je la connais. Elle revient dès que je remets les pieds à l'usine. C'est elle qui me donne l'envie de continuer et de me battre ».

« Le trotskisme ne parle pas aux gens. Mais des mots comme capitalisme, bourgeoisie, lutte des classes reviennent à la mode »


Vincent Goutagny - 44 ans - Célibataire. 1 enfant.

Ouvrier dans l'industrie à Saint-Maurice-de-Beynost. Adhère à Lutte Ouvrière, il y a une vingtaine d'années. Déjà candidat aux dernières Européennes et Législatives mais première participation cette année en tant que tête de liste.

Régis Barnes

© Le Progrès - Edition de l'Ain (05-03-2010)