Le Progrès de Lyon : Présidentielle 2012. Nathalie Arthaud, Arlette à 40 ans
Dans cette campagne, la Lyonnaise Nathalie Arthaud se présente comme « la seule candidate communiste ». Tendance trotskiste. Prenant le relais d'Arlette Laguiller qui s'est collée à six présidentielles successives de 1974 à 2007, la jeune femme de 42 ans sait que la partie est difficile.
Dur-dur de succéder à une icône. Elle en sourit car contrairement à ce qui se passe dans n'importe quel autre parti politique, l'héritière n'a pas à tuer sa génitrice. Personnalisation et héritage sont deux mots qui n'existent pas dans l'univers de Lutte ouvrière et donc de Nathalie Arthaud. Celle-ci préfère parler de « filiation dans les combats du monde ouvrier, l'inscription dans la continuité révolutionnaire ». C'est cela qui l'a attirée à LO lorsqu'elle avait 19 ans plus que l'image d'Arlette avec laquelle elle affirme avoir de très bonnes relations de confiance. « On parle beaucoup. » Facile ! Nathalie partage son bureau avec elle.
La première rencontre sur la déjà longue route de son engagement, ce fut Marx : « Son manifeste m'a marquée à 17-18 ans » car « ma révolte était déjà là ». Elle va très vite croiser des militants de LO. « Ils m'ont donné l'envie de m'associer à leurs combats car ils ne se payaient pas de mots. » Elle est alors lycéenne en sport-études au lycée Lumière à Lyon puis étudiante en classe préparatoire avant de passer capes et agrégation d'économie.
Fille d'un garagiste de la Drôme, elle ne vient pas du lumpenprolétariat - « C'était quand même un milieu populaire et rural ; nous avions une vie simple et modeste ». Si ses parents « ne sont pas du tout politisés », Nathalie, elle, se tourne résolument vers la classe ouvrière. Elle découvre qu'« il existe une force sociale des travailleurs et qu'elle peut changer le cours de l'histoire ». Elle y apportera sa participation d'abord comme simple militante puis comme responsable de LO, porte-parole et enfin comme candidate à l'élection présidentielle. Jusqu'à y sacrifier sa vie privée ? La jeune femme au si joli sourire presque timide ne répond à aucune question touchant à sa vie privée et a demandé à ses proches de faire de même : « On s'intéresse déjà si peu aux idées politiques que je défends. Etaler sa vie privée ne mène à rien. » Tout au plus se déboutonne-t-elle un tout petit peu pour rendre hommage à ses parents : « Je leur suis énormément reconnaissante de m'avoir laissé faire ce que je voulais : aller à Lyon pour mes études, échapper à leur contrôle et me laisser vivre mon engagement dans une certaine radicalité ». Auraient-ils pu faire autrement face à la détermination de cette femme de conviction qui revendique d'avoir « toujours été très indépendante » et de tenir à sa liberté ?
Le 23 avril, cette combattante sera la seule des candidats - avec Philippe Poutou - à reprendre le chemin de son boulot : un service à 70 % au lycée d'Aubervillers, Seine-Saint-Denis.
Nathalie Arthaud
- Née le 23 février 1970 à Peyrins (Drôme).
- Professeur d'économie et de gestion dans un lycée technique d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), après avoir été successivement en poste à Saint-Denis, Épinay-sur-Seine, Rillieux-la-Pape.
- Elle est porte-parole nationale depuis décembre 2008 de Lutte ouvrière.
- Élue au conseil municipal de Vaulx-en-Velin en 2008. Elle y siège encore mais a abandonné sa délégation à la jeunesse, faute de disponibilité. En mars 2010, elle a conduit une liste aux régionales en Rhône-Alpes (1,47 % des voix).
L'enfance
Née en 1970 à Peyrins dans la Drôme (2 400 habitants en 2008, moins de 1 500 à sa naissance), elle y passe son enfance. Son père est garagiste de village.
Les études
Collège à Romans-sur-Isère puis une section sports-études volley-ball au lycée Lumière à Lyon. Capes puis agrégation de sciences-économiques.
La famille, les amis
Nathalie Arthaud et son parti rejettent catégoriquement la « pipolisation ». Elle reste totalement silencieuse sur sa vie privée. Elle vit avec un professeur de littérature de la Sorbonne. A priori peu ou pas d'amis connus.
Le sport et les loisirs
Fait du footing tous les dimanches matin. Ne pratique plus de sports collectifs car « c'est trop contraignant ». Elle aime le cinéma - elle avoue être « très bon public » - et la lecture « c'est un vrai besoin. J'ai toujours un roman dans ma poche ».
Michel Rivet-Parurel
Photo AFP
© Le Progrès de Lyon (13 avril 2012)