Le Dauphiné Libéré : Seyssins - Fête de Lutte Ouvrière : et toujours le poing levé...
Il y a toujours une pointe d'étonnement à voir le drapeau flanqué du marteau et de la faucille s'afficher sur la scène d'un meeting politique quand leur seule existence tient désormais plus souvent aux vêtements vintage qui fleurissent dans les vitrines au gré d'une mode douteuse. Comme il y a toujours un charme suranné qui s'échappe de la "Lutte finale" entonnée a cappella par quelques dizaines de militants venus hier, au Prisme, assister à la traditionnelle journée de Lutte Ouvrière.
« Le mécontentement est profond, la colère monte »
Le couplet de la révolte a toutefois séduit toute la journée près de 900 sympathisants qui ont pu déambuler au coeur d'ateliers particulièrement contrastés. Le stand sur les champignons était distant de quelques mètres de l'exposition "Marxisme et athéisme" tandis que la crêpe au chocolat diffusait son parfum jusqu'aux jeux pour enfants et aux panneaux qui racontaient le communisme et ses luttes face au capitalisme.
Et de capitalisme, il fut forcément largement question en plein conflit sur les retraites et au lendemain d'une manifestation pluvieuse qui avait incité 20 000 personnes à battre le pavé grenoblois. Sous les pavés, la page de revendications martelées à la tribune par Rémi Adam, porte-parole du mouvement : « Voilà un mois que les journées de grève et de manifestations s'enchaînent pour crier non à la retraite à 62 ou 63 ans. Pourquoi se tuer au travail quand les jeunes crèvent au chômage ? La retraite est une libération car le travail est une prison où l'on doit vendre ses muscles ou son cerveau. »
Dans une diatribe attendue contre le "sarkozysme" « une politique qui plus est nauséabonde et dangereuse », Rémi Adam n'a pas oublié d'englober les partis de gauche. Le PS ? « Il ne veut pas revenir sur les 42 ans d'annuité, c'est le signe qu'au pouvoir, il ne ferait rien pour les travailleurs. » Le PC et le Parti de Gauche de Mélenchon ? « Ni l'un ni l'autre ne veulent mettre en cause les fondements de la société capitaliste. Et puis, espérer le changement par la voie électorale a toujours été une duperie. » Et de poursuivre une fois redescendu sur le plancher du Prisme : « La mobilisation ne baisse pas, la colère monte, le mécontentement est profond. Mais on peut encore aller plus loin. » Et, forcément, toujours le poing levé.
Jean-Benoit Vigny
© Le Dauphiné Libéré - Edition grenobloise (18 octobre 2010)