La Dépêche du Midi - Carcassonne : Dominique Galonnier : Marx contre-attaque
Candidat de Lutte ouvrière dans la troisième circonscription de l'Aude, Dominique Galonnier ne prétend pas être élu. Mais porter la voix du parti politique popularisé par Arlette Laguiller pour lequel la révolution ne passera pas par les urnes. Nous l'avons suivi en campagne au marché d'Espéraza, dimanche.
Entre une population autochtone âgée ne répondant plus réellement à la définition de « travailleurs » et les néoruraux bariolés assez peu portés sur le vote, quel intérêt un candidat de Lutte ouvrière peut-il bien avoir à faire campagne au marché d'Espéraza un dimanche matin bruineux ?
Pragmatique, Dominique Galonnier répond : « C'est le plus grand rassemblement d'êtres humains le dimanche dans la troisième circonscription de l'Aude. »
Le candidat de Lutte ouvrière aux législatives observe quand même que le message inlassablement porté par son parti depuis toujours en direction de la défense des ouvriers et du prolétariat doit forcément trouver un écho dans cette haute vallée « marquée par une tradition ouvrière avec Myrys, Formica, la chapellerie ».
Au demeurant, élections ou pas, cela importe assez peu à Lutte ouvrière. Aux législatives précédentes, Dominique Galonnier a obtenu moins de 0,5 % des suffrages mais « notre force n'est pas seulement dans le bulletin de vote, rappelle-t-il. Le but est de se faire connaître, que la voix des travailleurs soit présente dans ces élections. Dans cette crise, les milliards servent à la spéculation, pas à créer des emplois ou des choses utiles. Aujourd'hui, c'est la démoralisation qui domine. On a perdu sur les retraites, mais on sait que les luttes de grande ampleur reviendront ».
Aujourd'hui, le parti d'Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud ne compte qu'une dizaine d'adhérents dans l'Aude et cherche des émules pour la révolution qui vient. Une campagne électorale offre une occasion rare d'essayer de convaincre.
Sur le marché, la discussion s'engage avec une dame sur la crise, les gens d'ici qui souffrent, le manque de travail... Le diagnostic est commun ; pas les moyens de soigner le mal. Lui, prône la fin du capitalisme, l'interdiction des licenciements, l'indexation des salaires sur la hausse des prix, le contrôle des entreprises. Elle, comme tant d'autres, céderait bien aux funestes sirènes qui cherchent des boucs émissaires pour justifier nos maux. Elle pense que, peut-être, s'il y avait moins d'immigrés et d'assistés, on y verrait plus clair.
Avec un militant de la CNT pour qui la réponse globale de LO ne convient pas, le niveau du débat s'élève : « Vous êtes dans le cocorico. Le jacobinisme, ce n'est pas mon truc. Et l'Occitanie ? Et les Basques ? Et les Catalans ? Nous, on ne veut pas d'un monde ou tout est pareil. Contre la globalisation vous proposez une autre globalisation ».
Surgit Jean-Pierre Quaglieri, socialiste dissident candidat « divers gauche » dans la troisième circonscription, avide de trouver en Dominique Galonnier un allié anti-Dupré : « 70 ans, c'est pas l'avenir. Et le PS, c'est le partage du gâteau entre amis. » Peine perdue : dans le même sac, Galonnier jette Dupré, Bresson, Quaglieri et les autres. Car tous défendent le système capitaliste. Lutte ouvrière veut le renverser.
Jean-Louis Dubois-Chabert
© La Dépêche du Midi - le 06/06/2012