Nord Eclair : Éric Pecqueur, lutteur à « l'esprit collectif »
Éric Pecqueur, tête de liste LO dans le Nord - Pas-de-Calais.
Militant LO, délégué CGT chez Toyota, il ne croit pas au pouvoir des urnes et prophétise une « explosion sociale » qui débouchera sur « un printemps de lutte ».
Éric Pecqueur et Lutte ouvrière, ça remonte à loin. Il venait de finir le lycée, manifestait contre les lois Devaquet. Celui qui, aujourd'hui, est tête de liste trotskiste dans le Nord - Pas-de-Calais se cherchait politiquement. Issu d'une famille ouvrière du Douaisis, il baigne dans le rouge, celui des drapeaux qui claquent et des braseros fumants sur les piquets de grève. Rouge, donc, avec l'histoire familiale en guise de formation politique. « Mon grand-père racontait 36, mon père mai 68 et, quand il passait à la télé, ma grand-mère traduisait Brejnev avant Léon Zitrone ! », expose-t-il avec une autodérision à laquelle on ne s'attend pas de la part de ce militant austère, crâne rasé et regard acéré derrière ses petites lunettes. Aux communistes des années 80, il reproche « l'Afghanistan, la Pologne et la participation au gouvernement Mitterrand. » À ceux d'aujourd'hui, « une ligne politique soumise à celle du PS ».
« Les politiciens ne peuvent rien »
Fidèle à la ligne de LO, il ne croit pas au changement par les urnes et dénonce, droite et gauche confondues, les partis qui « rentrent dans le jeu ». Paraphrasant Jospin, il juge que « les politiciens ne peuvent rien » et que « si le conseil régional pouvait interdire les licenciements, ça se verrait ». La séquence électorale actuelle, il ne la voit que comme une occasion d'exposer un « programme de lutte » qui prévoit « interdiction des licenciements », « contrôle des entreprises par les salariés » et « partage du travail sans réduction de salaire ».
Sa croyance, il la place dans un « esprit collectif » qu'il dit voir poindre « lors des grèves, à Toyota », où il est délégué syndical, sous la bannière CGT. Signe avant-coureur d'un hypothétique grand soir qu'il voit poindre, aussi, dans le combat des salariés de Total à Dunkerque. « La grève de toutes les raffineries, en solidarité avec Dunkerque, a été trop courte. Mais c'est comme une hirondelle qui annonce un printemps de lutte et de renouveau ! », clame-t-il. D'ailleurs, il n'imagine pas que cela puisse être autrement. « Les licenciements pèsent sur nous tous. Cela va nous pousser à l'explosion sociale », assène-t-il.
Et lorsqu'on évoque le FN, son ancrage dans l'électorat populaire et ouvrier, il s'emporte. « Marine Le Pen est l'ennemie des travailleurs. Elle dénonce les délocalisations pour ne pas s'attaquer au patronat, bien français celui-là, qui licencie ». Forcement dur à l'égard du gouvernement - « ceux qui sont au pouvoir dans ce pays, avec Sarko, sont aux ordres : il leur a fallu peu de temps pour dégager des milliards pour les banques, mais ils ne font rien contre les licenciements » - il dit compter sur un réveil des abstentionnistes. « Le monde du travail va s'abstenir », prophétise-t-il, « par dégoût de Sarkozy, mais aussi de tous les politiciens de gauche qui, eux aussi, sont aux ordres ».
MATTHIEU MILLECAMPS
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