Liberté Hebdo :  LO, le parti qui ne croit pas aux élections

Article de presse
30/03/2012

Nathalie Arthaud (au centre), lors de son meeting LO à Lille, mercredi 28 mars.

De la contradiction d'être un parti qui présente une candidate à la présidentielle mais qui ne croit pas aux élections. Quelle sera l'attitude de lutte Ouvrière (LO) à l'issue du Premier tour ? Le militant qui a posé la question à Nathalie Arthaud, lors de son meeting à Lille, mercredi 28 mars, serait « très déçu » que LO réitère l'appel à voter « sans réserves mais sans illusion » pour François Mitterrand en 1974 et 1981. En 2007, Arlette Laguiller avait également appelé à voter Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy.

Préparer la « révolution sociale » dans les têtes

Pour 2012, « on décidera au soir du premier tour, en fonction de la situation politique créée par les résultats », lâche Nathalie Arthaud, qui se présente comme « la seule candidate communiste ». « A chaque fois, c'est une décision tactique », ajoute-t-elle. « L'essentiel pour nous n'est pas qui sera élu », mais d'« aller à l'encontre des illusions semées par les uns et les autres ». La ligne de LO ne bouge pas : « Les élections ne changeront rien à la vie des travailleurs », car « aucun gouvernement ne les protégera ». Ces derniers ne peuvent donc compter que sur eux-mêmes, sur leurs luttes et « leurs revendications sur les emplois, les salaires, la retraite ».

Face aux immenses dégâts du sarkozysme - chômage de masse, cadeaux aux riches, classes populaires appauvries, chasse aux étrangers... -, LO a bien un programme, mais un « programme de luttes » : régulariser « tous les sans-papiers », « imposer

l'interdiction des licenciements », « embaucher dans les services publics », construire des logements sociaux, « imposer l'augmentation des salaires et des pensions de retraite », « supprimer le secret des affaires » pour faire « la lumière sur l'argent dans les entreprises » (montant des dividendes, utilisation des niches fiscales...), « exproprier la classe capitaliste », en commençant par les banques, pour « nationaliser sans indemnité ni rachat »... « Cela ne sera possible que-par une mobilisation révolutionnaire des travailleurs. » Tous ceux qui défendent des idées similaires en croyant au combat politique seraient donc des « semeurs d'illusions ». Ce qui amène Nathalie Arthaud à des amalgames douteux, considérant que tous les candidats, Jean-Luc Mélenchon compris, sont les tenants du « produire français », concept qui relèverait du « nationalisme » et ferait le jeu du Front national...

Qualifié de « tribun » dont les « envolées peuvent plaire », elle ne voit pourtant pas Jean-Luc Mélenchon comme un ennemi. Elle peut même se retrouver dans certaines de ses propositions, comme « le Smic à 1.700 euros ». Mais pour elle, une fois encore, aucun gouvernement ne décidera une telle mesure : « La droite promet une rigueur de droite, la gauche une rigueur de gauche. » La campagne Présidentielle est donc, pour LO, un moment comme un autre pour faire passer des idées et préparer la « révolution sociale ». Après a crise de 1929, « il a fallu des années pour que les travailleurs passent de la résignation [...] à l'espoir de changer les choses » : les grèves de 1934 aux Etats-Unis, celles de 1936 en France... Mais qui, si ce n'est un gouvernement, les grévistes de 1936 ont-ils contraint de créer les congés payés et la semaine de 40 heures ?

Ludovic FINEZ

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