L'Est républicain :  Préparer les luttes

C'est un candidat en colère, Michel Treppo. En colère contre l'exploitation de l'homme par l'homme, contre le profit de quelques-uns qui se traduit par la pauvreté de beaucoup d'autres. Comme ses colistiers, la tête de liste de Lutte Ouvrière dans cette élection régionale se revendique « marxiste ». Avec fierté, convaincu que la lutte des classes a plus que jamais du sens et que les opprimés finiront bien par le redécouvrir.

« Crier notre révolte »

Alors, dans son discours de campagne, pas de nuances. « Nous nous adressons au monde du travail, à tous ceux qui vivent de leur salaire exclusivement », insiste-t-il. « Si nous nous présentons, c'est d'abord pour crier notre révolte face aux licenciements, au chômage et pour mettre en avant nos objectifs pour nourrir de futures luttes et pour changer de façon radicale le rapport de force. »

L'exemple, dramatique, de la Grèce renforce Michel Treppo dans sa conviction. « Chacun peut voir là-bas jusqu'où le patronat et le capital peuvent faire payer leur crise à la population et nous ne sommes pas à l'abri », dit-il. S'il n'évoque plus le « grand soir » d'antan, le porte-parole de LO dans ce scrutin rêve pourtant d'une mobilisation « comme en 1936 ou 1968 » qui permettrait « d'interdire les licenciements et de partager le travail entre tous, sans perte de salaire ». Les autres peuvent bien le taxer d'utopie, lui persiste à y croire. « On pousse les gens dans la misère, la précarité devient la règle, les intérimaires tournent de boite en boite sans espoir d'être embauchés », constate-t-il.

« Où va l'argent »

À l'inverse de certains, Michel Treppo estime que les salariés « ne sont pas résignés ». Il ne les imagine pas tétanisés à jamais face à la perspective de perdre leur emploi s'ils protestent. « Le monde du travail, c'est la classe qui produit tout, qui fabrique tout, qui fait tout fonctionner », rappelle-t-il. « Si demain il s'arrête, il n'y aura plus rien. C'est le pouvoir de la classe ouvrière, forte dans le monde de milliards d'hommes et de femmes qui, s'ils le décident, peuvent se mettre ensemble en mouvement. Et là...»

La crise financière puis économique aurait dû entraîner ce « sursaut » collectif, admet-il en déplorant évidemment qu'il n'en a rien été. « Elle a donné raison aux philosophes marxistes qui ont toujours dit que ces crises sont inhérentes au système », relève-t-il. Si le « monde du travail » n'a pas encore bougé, Michel Treppo ne désespère pas. « Le pire est devant nous, la colère est bien présente dans la classe ouvrière et elle va la faire rebondir, le patronat ne nous laisse pas le choix...» Sans se décourager, lui et ses camarades vont donc continuer à tracter aux portes des usines et sur les marchés, multiplier les réunions de terrain pour convaincre. En réclamant notamment « un contrôle des comptes des entreprises par les travailleurs, en remontant sur plusieurs années, pour savoir enfin où va tout l'argent et qui en profite ».

Jean-Pierre TENOUX


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