Le Havre libre : Les credo de Nathalie Arthaud
Nathalie Arthaud porte les couleurs de Lutte ouvrière à la présidentielle. A l'occasion de son premier meeting en Haute-Normandie, l'héritière d'Arlette Laguiller évoque les mauvais sondages, mais aussi ce qui fait le credo de l'extrême gauche : la révolution des travailleurs.
Dans quel état d'esprit êtes-vous alors que les intentions de vote vous créditent de 0,5 à 1 % à la présidentielle, ce qui est moins qu'Arlette Laguiller qui avait fait 1,33 % au premier tour en 2007 ?
« Nous sommes encore très loin des élections et je ne suis pas très connue. Je ne suis pas sûre que ces sondages mesurent quoi que ce soit. En tout cas, quel que soit le niveau de ces sondages, je continuerai à dire que face aux licenciements, aux fermetures d'entreprises, à toutes les menaces patronales, il faut interdire les licenciements, imposer la répartition du travail entre tous et qu'il faut augmenter les salaires et les pensions de retraite. Je continuerai à dire qu'il faut contrôler ce qui se passe dans les grands groupes. Cela ne m'arrêtera pas. Face à la situation actuelle qui est dramatique pour les classes populaires, il va falloir se battre et renouer avec les luttes puissantes ».
Comment expliquez-vous que, dans ce contexte de crise économique, le discours de l'extrême gauche, le vôtre ou celui du NPA, ne semble pas perçu par les ouvriers ?
« Tous les jours, on prêche la résignation, on nous met dans la tête qu'il va falloir faire des sacrifices ! On nous explique à longueur de temps qu'il n'y a pas le choix et cela finit, oui, par influencer l'opinion publique ».
Sur le terrain, avez-vous le sentiment que les Français sont résignés ?
« J'ai surtout le sentiment que quand je dis qu'il faut interdire les licenciements, cela touche les gens. Quand je dis que la variable d'ajustement devrait être les profits et les dividendes versés aux actionnaires, cela ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Ces idées-là sont comprises et bien reçues. Le problème est de savoir si les travailleurs se sentent aujourd'hui dans une lutte puissante et massive, celle qu'il faudra opposer au diktat patronal. Je ne peux que constater que ce n'est pas encore le cas ».
Que retenez-vous des interventions récentes de François Hollande et de Nicolas Sarkozy ?
« Autant Hollande n'a pas parlé des travailleurs, autant Sarkozy en a beaucoup parlé. Mais c'était pour mieux les attaquer. Tout ce qu'il a annoncé est une déclaration de guerre au monde du travail. C'est une attaque en règle contre les plus pauvres pour pouvoir faire un cadeau supplémentaire au patronat. C'est inacceptable ! Nous, nous revendiquons le Smic à 1 700 euros net par mois. Et il faut indexer l'augmentation des salaires et des retraites sur les prix ».
Quand Nicolas Sarkozy évoque la création d'une banque industrielle dotée d'un milliard d'euros, est-ce une décision qui va dans le bon sens ?
« C'est pour aider encore une fois le patronat. Tout ce que l'on demande aux capitalistes, c'est de bien investir mais ils ne le font pas. Ils ont constamment besoin de la béquille de l'Etat. C'est autant d'argent que l'on prend dans les caisses publiques. C'est révoltant de voir qu'on vient en aide à ceux qui ne font pas leur travail - les capitalistes - et de demander encore des sacrifices aux travailleurs. J'espère que toutes ces attaques finiront par déclencher des réactions à la hauteur ».
Quand François Hollande explique son ennemi, c'est le monde de la finance, c'est un discours qui vous parle ?
« Ce n'est pas le premier à nous avoir fait ce numéro. Quand Sarkozy nous expliquait, dans son premier discours de Toulon, qu'il allait refonder le capitalisme, c'était déjà un numéro d'illusionniste. Il n'a pas fait payer les banquiers et les spéculateurs. Il les a au contraire inondés de milliards. Et Hollande ? Est-ce qu'il propose de faire payer les banquiers et les spéculateurs ? Envisage-t-il de les mettre devant la justice pour rendre des comptes ? Pas du tout. On assiste à un numéro d'illusionniste de gauche contre un numéro d'illusionniste de droite ».
Que proposez-vous alors ?
« Le seul moyen, c'est d'exproprier les dirigeants des grandes banques parce qu'ils en ont fait des casinos ».
Vous dites que vous appelez à des luttes sociales. Il faut, selon vous, une révolution du prolétariat ?
« Je suis pour un changement de fond en comble. Il faut une révolution pour contester cette société et prendre le mal à la racine. Les travailleurs doivent renouer avec les grandes luttes et réagir collectivement ».
Souffrez-vous de l'ombre de Jean-Luc Mélenchon, dont vous dites qu'il se prépare à gérer avec un gouvernement de gauche si François Hollande est élu ?
« Il soutiendra le gouvernement de gauche. Sa politique est différente de la mienne : il fait croire aux travailleurs qu'ils changeront leur sort par le bulletin de vote. Or, le bulletin de vote n'est pas suffisant. Les travailleurs doivent, par le bas, se battre. Je ne défends pas un programme de gouvernement, je défends un programme de luttes. Quel que soit celui qui sera élu en mai, il sera pieds et poings liés à la finance. Je suis la seule à revendiquer l'identité communiste et assurer l'héritage de ce courant ».
Pourquoi alors ne pas avoir cherché à faire une alliance avec le PCF ?
« Il a accepté de s'effacer derrière Jean-Luc Mélenchon et accepte qu'il n'y ait pas de candidat communiste. Nous sommes les seuls à lever le drapeau du changement révolutionnaire de la société ».
On a beaucoup reproché à Arlette Laguiller, en 2002, de ne pas avoir été claire avant le 2e tour entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Quel serait votre attitude dans l'hypothèse d'un 2e tour Sarkozy-Le Pen ?
« C'est de la politique-fiction. Arlette a appelé a ne pas voter pour Le Pen en expliquant qu'il n'y avait pas de raison de donner un blanc-seing à Chirac, assuré d'être élu. Je veux bien expliquer le passé mais je refuse la politique-fiction ».
Propos recueillis par Stephane Siret