La Voix du Nord :  Lutte ouvrière : « Un nouveau mai 1968 ou un nouveau 1936 »

Stéphane Fleisher, 65 ans, suppléant, et Jacky Boucot, 59 ans, titulaire, écument les marchés et les usines pour leurs idées.

Jacky Boucot est ouvrier dans le bâtiment et son suppléant, Stéphane Fleisher, enseignant à la retraite. Pas des petits nouveaux dans la politique : le premier a adhéré à Lutte ouvrière en 1995, le second... en 1969. « J'étais au PC, et j'y ai cru, jusqu'en 1981, comme beaucoup, se souvient Jacky Boucot. Les licenciements ont continué malgré les gouvernements PS-PC. » Usinor, où il a travaillé dix ans, lui est resté en travers de la gorge. « Et puis à Lutte ouvrière, on s'en tient à ses idées. » « Ce sont les seuls qui se réclament du communisme, puisqu'à la présidentielle, le PC a soutenu un candidat qui n'était pas communiste », complète son suppléant.

Leur programme ? « Interdire les licenciements, aller chercher l'argent là où il est : dans le CAC 40, dans les niches fiscales qui ne servent à rien, sous les cocotiers. Les grands perdants, c'est toujours la classe ouvrière. » Le parti de Nathalie Artaud présente dans les trois circonscriptions du Valenciennois des candidats qui, lorsqu'ils parlent du quotidien des ouvriers, n'ont pas à faire preuve d'imagination. « Il faut élire un représentant des travailleurs dans cette assemblée bourgeoise », lance le maçon.

Levée du secret bancaire

Pourtant, Jacky Boucot et Stéphane Fleisher ne sont pas persuadés que les législatives permettront réellement de faire avancer leurs idées. « Sur les marchés, ce que nous proposons aux électeurs, c'est la lutte, comme en 1936 ou en 1968. La lutte dans les usines, sur les chantiers, et même dans les banques : il n'y a que comme ça qu'on pourra changer les choses. » Car victoire de François Hollande ou pas, « l'Assemblée nationale n'est qu'une chambre d'enregistrement ». « Ce sont les financiers qui décident, assurent-ils.

Nicolas Sarkozy s'inclinait, François Hollande s'inclinera. » Lutte ouvrière est candidate au rôle (décidément très envié, lire ci-dessus) d'alternative à l'oscillation droite/gauche. « Il faut une opposition à la gauche de la gauche : les socialistes vont décevoir les gens, et Marine Le Pen, si elle essaie de se donner un genre pro-ouvrier, prône des mesures pour aider les patrons. » Ils ont bien conscience d'avoir peu de chance d'être élus, mais si une de leurs idées pouvait arriver jusqu'au vote au palais Bourbon, ce serait peut-être la levée du secret bancaire. « On aurait su que Nicolas Sarkozy, quand il était président, dépensait des millions dans des sondages d'opinion ; on saurait si tel ou tel grand patron place son argent à l'étranger ou le dépense dans des pots-de-vin, alors qu'aujourd'hui, le comptable qui s'en aperçoit est condamné à se taire. »

A-G.B.


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