Le Dauphiné Libéré :  Elisabeth Thomas, tête de liste pour Lutte ouvrière : Lénine forever

Quarante ans de militantisme. Et toujours la même conviction « que nos idées sont porteuses d'avenir ». À 58 ans, Elisabeth Thomas aurait pu se lasser des combats sans lendemain et désespérer de voir que le grand soir n'arrive toujours pas. Elle conduit la liste savoyarde de Lutte ouvrière, indifférente aux sondages et au poids des partis traditionnels qui dominent le débat.

Le sens de l'engagement

C'est l'histoire d'une élève sans histoire. On ne parle pas de politique à la maison. « On ne parlait pas beaucoup d'autre chose non plus », se souvient la fille d'un militaire de carrière. « Le sens de l'engagement, je le dois à mon père. » La ressemblance s'arrête là. Surtout quand la lycéenne découvre le grand chambardement de Mai 68. Plutôt frustrée de le vivre à distance, dans la commune bien tranquille de Bagnols-sur-Cèse (Gard). Elle envie les copains qui sont montés à Paris.

"Le marxisme m'a aidée à comprendre le monde"

Chez elle, la révolte est encore intérieure, à travers les lectures au parfum d'interdit. Pas question de les laisser traîner à la maison. « Je repense à mon premier contact avec Lénine et la Révolution russe. Peu à peu, le marxisme m'a aidée à comprendre le monde. »

Arrivent les années fac. Grenoble et les grandes manifestations. L'étudiante en anglais revit. Elle rêve un temps de partir vivre au Canada, écoute les Rolling Stones, regrette ne pas avoir été à Woodstock.

« J'ai pu enfin me libérer du fatras de l'éducation que j'avais reçue lors de mon passage chez les sœurs dans un préventorium. Je me passionnais pour le débat d'idées. Je me sentais proche des travailleurs. »

Sur les marchés et devant les usines

Elisabeth Thomas partage très vite les combats de Lutte ouvrière. Elle aime aller au contact sur les marchés ou devant les usines. Pourtant, le groupe trotskiste peinera à s'étoffer. Il devra se partager entre Isère et Savoie faute de militants. Cause perdue ? « Les révolutionnaires sont toujours minoritaires. Mais je garde une grande confiance dans nos idées. Quand on voit une société qui va aussi mal, on ne peut qu'être révoltée », dit-elle d'une voix calme.

Elle aurait pu cent fois baisser les bras à force de voir sa candidate préférée plafonner d'une élection à l'autre avant de plonger à 1,34 % aux dernières présidentielles. Elle aurait pu se lasser des caricatures et rumeurs que son parti n'a cessé d'alimenter. « Je sais, on nous a traités de secte, sans jamais chercher de preuves. Chez nous, chacun est libre d'adhérer et de s'en aller. Chacun donne selon ses moyens et selon sa conscience. On sait faire la fête contrairement à ce que l'on dit parfois de nous. Quant à Arlette Laguiller, c'est une femme qui insuffle une énergie phénoménale. »

Quand elle ne milite pas, Elisabeth Thomas enseigne l'anglais dans un lycée professionnel de Grenoble. « Toute petite, je voulais être institutrice. J'ai adoré l'école, en dehors de mon passage chez les sœurs. À deux ans de la retraite, j'aime toujours autant ce métier même si les conditions se dégradent. Cela me donne la rage de les faire progresser encore plus. »


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