L’Est Républicain :  PSA : la CGT, jusqu'au-boutiste ?

J.-P. Mercier  : « Après Aulnay, c'est, avec les accords de compétitivité, une attaque générale contre l'ensemble des salariés de PSA qui se prépare ». Photo J.-L. GILLMÉ

Leader de la CGT dans le combat pour la sauvegarde du site PSA d'Aulnay-sous-Bois, Jean-Pierre Mercier était l'invité de la fête de Lutte Ouvrière, hier, à Montbéliard.

Pensez-vous vraiment qu'il soit encore possible d'éviter la fermeture d'Aulnay-sous-Bois ?

Cela ne dépend pas seulement des salariés d'Aulnay, mais de ceux de l'ensemble des usines du groupe. Aujourd'hui, les salariés n'ont pas la force nécessaire, le courage pour se mettre en lutte et faire reculer Peugeot. Tout est fait pour les en dissuader. Or il n'y a aucune raison économique de fermer Aulnay. Les raisons réelles sont uniquement financières. Regardez la fortune de la famille Peugeot, elle s'est consolidée ces dernières années au détriment des salariés : dans les usines, les effectifs ne cessent de diminuer, les cadences de travail ont augmenté et les salaires ont été gelés. Les difficultés financières de Peugeot sont un mythe. En 2010 et 2011, le groupe a battu des records de ventes. En 2012, sans l'interdiction de vendre des voitures en Iran, PSA aurait vu ses ventes reculer de 3 % seulement. Nos dirigeants n'ont qu'un objectif : augmenter les profits et permettre à la famille Peugeot de remplir davantage ses coffres-forts en Suisse. Il ne faut pas oublier que PSA aura supprimé, dans sa branche automobile, 32.000 emplois entre 2004 et 2014. Le groupe comptera alors 56.000 salariés contre 87.000 en 2004.

Beaucoup, dans la grève en cours à Aulnay-sous-Bois, dénoncent le comportement jusqu'au-boutiste de la CGT...

Les jusqu'au-boutistes, les extrémistes, ce sont les dirigeants de PSA, pas la CGT ! Ce sont eux qui ont décidé de fermer l'usine d'Aulnay et de licencier 1.400 personnes à Rennes. Ce sont eux qui n'hésitent pas à plonger des familles entières dans la détresse, à ruiner des régions entières.

L'absence d'unité syndicale n'est-elle pas, pour vous, un sérieux handicap ?

Je ne peux que regretter que des syndicats refusent de soutenir des salariés en lutte pour défendre leurs emplois. Les divergences syndicales font le jeu des patrons. Tout le monde sait ce que Peugeot veut faire de l'usine d'Aulnay : un exemple pour le patronat en écrasant les travailleurs et en payant le moins possible. Vous savez, Renault regarde de très près ce qui se passe à Aulnay... Ce qui se prépare après cela, c'est une attaque générale contre l'ensemble des salariés de PSA avec les fameux accords de compétitivité. Ces accords seront synonymes de blocage des salaires, d'augmentation du temps de travail, de mobilité imposée, etc.

N'y a-t-il pas un risque de dérapage à Aulnay ? Ces derniers jours, on a parlé de violences, de jets de boulons...

Je nie formellement les accusations de jet de boulons. Il y a un climat de tension, mais il est organisé volontairement par la direction. Quand vous faites venir 200 cadres, notamment de l'usine de Sochaux, pour les faire parader par groupes de 50 ou de 10, quand vous faites appel à des vigiles de sociétés privées, aux crânes rasés, vêtus de treillis noirs et de rangers, à l'attitude agressive et provocatrice, il ne peut pas en être autrement.

Qu'attendez-vous désormais de la direction de PSA ?

Qu'elle reprenne les négociations à zéro, c'est-à-dire sur la base des revendications contresignées par 1.600 salariés il y a plusieurs mois. Nous réclamons, pour les seniors, la préretraite dès 55 ans et un CDI pour tous : si un salarié quitte PSA, il doit retrouver en contrepartie un CDI. Nous refusons les congés de reconversion qui ne sont que des culs-de-sac.

Comment jugez-vous l'attitude du gouvernement Ayrault sur ce dossier ?

Une blague circule actuellement à l'usine d'Aulnay : il se dit que les choses changeront le jour où la gauche arrivera au pouvoir... Autrement dit, on ne voit aujourd'hui absolument aucune différence avec la politique du gouvernement Fillon et la présidence de Sarkozy.

Propos recueillis par Alexandre BOLLENGIER

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