Le Pays : PSA « Nous voulons travailler, ce n'est pas être radical de demander ça... »
Jean-Pierre Mercier (à gauche), syndicaliste et porte-parole de LO, témoigne de la dureté de la grève à Aulnay. Photo Lionel Vadam
Au coeur de la grève qui paralyse le site PSA d'Aulnay-sous-Bois, le syndicaliste Jean-Pierre Mercier était,hier à Montbéliard, l'invité de la fête de Lutte Ouvrière.
« Lorsqu'on vous annonce que vous avez un cancer et qu'il ne vous reste plus que quelques mois à vivre, soit vous baissez les bras, soit vous vous battez pour vivre. À Aulnay, nous avons décidé de nous battre jusqu'au bout ».
Jean-Pierre Mercier, ouvrier et syndicaliste à l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois, était, hier après-midi, le grand invité de la fête de Lutte Ouvrière à la Roselière à Montbéliard.
Il s'est exprimé sur le combat mené par les salariés de PSA d'une l'usine devant fermer en 2014.
« Nous avons démarré la grève mercredi 16 janvier et maintenant cela s'est accéléré parce que nous n'avons pas d'autres solutions pour nous défendre. Depuis, nous avons obtenu quelques reculs de la direction, comme l'augmentation de la prime de licenciement. Mais nous sommes encore extrêmement loin du compte. Nous, nous aimerions que l'usine continue à tourner. Ce serait la meilleure des solutions ».
Les grévistes ne s'inscrivent donc pas dans une logique de fatalité.
« Lorsqu'on vous met le couteau sous la gorge, vous n'attendez pas tranquillement qu'on vous tranche la gorge. Ce n'est pas possible. Si nous n'arrivons pas à sauver l'usine et le fait qu'elle puisse tourner, les salariés demandent de ne pas finir au chômage comme l'ont été les salariés de PSA Melun en région parisienne, qui ont fini à Pôle Emploi. Nous, nous voulons un CDI pour tous. Nous voulons tout simplement travailler et toucher un salaire. Ce n'est pas révolutionnaire, ce n'est pas être radical de demander ça ».
6000 euros récoltés
Dans toutes les usines du groupe, on assisterait à une prise de conscience. « La collecte effectuée à Sochaux a dépassé les 6 000 euros. Cet argent sera envoyé dans la caisse de grève d'Aulnay. Il y a bien une solidarité qui s'est organisée. Derrière l'attaque du site d'Aulnay, se prépare une attaque générale sur l'ensemble des salariés de Peugeot avec les fameux accords « compétitivité » à l'image de Renault. Cela signifie blocage des salaires, augmentation du temps de travail, des mobilités imposés, des baisses de primes... C'est une évidence pour les militants ».
Pour le syndicaliste CGT et porte-parole de Lutte Ouvrière : « Il n'y a aucune raison économique de fermer Aulnay. C'est seulement une raison financière. Peugeot n'est pas en difficulté, c'est un mythe. Regardez de plus près la fortune de la famille Peugeot, elle s'est consolidée ces dernières années au prix du sacrifice des ouvriers. Peugeot aura supprimé 32 000 emplois en France entre 2004 et 2014 dans sa branche automobile. En 2014, il en restera 56 000 alors qu'en 2010 et 2011, nous avons atteint des records historiques de ventes ».
Pour essayer de relancer la chaîne d'Aulnay, la direction doit maintenant chercher rapidement des solutions. Une centaine de vigiles « vêtus de treillis noir et rangers » prennent ainsi position sur les parkings à chaque changement d'équipe.
« Ce climat de tension instauré par notre direction a pour objectif d'impressionner et d'intimider les grévistes et les non-grévistes. Il y a une pression énorme sur les salariés pour briser cette grève », argumente le témoin d'un conflit qui s'inscrit dans la durée, et maintenant la dureté.
Lionel Vadam
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