L'Est républicain : « Il faut que les travailleurs s'unissent »
Jean-Pierre Mercier : « les patrons usent de tous les arguments, de tous les mensonges pour faire accepter les sacrifices aux travailleurs ».
Photo Arnaud CASTAGNÉ
Jean-Pierre Mercier, la figure de proue de la lutte ouvrière de l'usine Peugeot d'Aulnay-sous-Bois était hier soir à Serre-les-Sapins, invité principal de la tête de Lutte ouvrière du Doubs.
Jean-Pierre Mercier, comment les travailleurs peuvent-ils aujourd'hui créer le rapport de force dans leur entreprise ?
La solution, il n'y en a pas trente-six. Il faut qu'ils s'unissent, se mobilisent, reprennent conscience de leur force. C'est eux qui font tout tourner dans l'entreprise, qui créent les richesses. Le gouvernement et le medef, pour résumer, essaient de convaincre l'ensemble des travailleurs qu'il faut être compétitif, qu'il faut faire des sacrifices, comme si on n'en avait pas fait depuis des dizaines et des dizaines d'années et on se rend compte qu'au final, ce sont les plus riches qui continuent à être plus riches.
Les salariés se serrent la ceinture pendant que les patrons investissent à l'étranger, est-ce malheureusement le constat actuel ?
Oui, les patrons usent de tous les arguments, de tous les mensonges pour faire accepter les sacrifices aux travailleurs. Et pour cela ils ont le soutien du gouvernement. Avant, on avait le blocage classique des salaires, aujourd'hui, les patrons en sont à baisser les salaires. Ils attaquent les primes, les congés payés, etc. Le medef a conclu des accords avec certains syndicats à propos de l'ANI (accord national interprofessionnel) puis a demandé au gouvernement de le transformer en loi. Le gouvernement s'est exécuté. Comme quoi, c'est possible que l'État intervienne dans la gestion des entreprises privées. Dans ce sens-là c'est possible. S'il fallait interdire les licenciements, faire en sorte que les salaires augmentent en même temps que les prix, là l'État nous dit ce n'est pas possible.
Est-ce que les salariés n'ont pas plus peur aujourd'hui ?
Les salariés n'ont pas peur de faire grève, ils ont peur du chômage. Les patrons le savent et ils en jouent. Ils exercent sur les travailleurs un chantage ignoble. Il faut accepter vos salaires, les licenciements, sinon je ferme la boutique.
Travailler le dimanche, travailler pour les Chinois aussi bientôt, on a lu qu'ils intégreraient peut-être le capital de Peugeot...
Vous savez, travailler pour un Français, un Chinois, un Allemand, ou Américain, on travaille toujours pour un patron. Il faut que les travailleurs prennent conscience qu'il faudra se battre. Protéger son emploi, son salaire, tout ce qui peut contribuer à les faire vivre. Dans cette optique, je suis très fier d'avoir voté blanc au second tour. Le gouvernement de gauche s'exécute comme les autres auparavant, sous Jospin, sous Mitterrand.
Pour imposer nos revendications, il faudra imposer à nos patrons de pouvoir mettre notre nez dans le compte de l'entreprise. Dans leurs comptes personnels. Si l'on prend l'exemple de la famille Peugeot, on sait qu'elle spécule en bourse avec l'argent qu'on a fabriqué. Il faudrait que l'on puisse contrôler tout, pour démontrer que de l'argent il y en a, pour embaucher, pour maintenir nos emplois
Recueilli par Éric BARBIER