Le Semeur Hebdo : Pour "faire entendre le camp des travailleurs"
Les élections passent, mais la rhétorique de Lutte ouvrière ne varie pas d'une virgule. Sans doute aussi parce que la situation n'évolue pas franchement, pire, elle est devenue « catastrophique pour la classe ouvrière », lance Marie Savre, conseillère municipale sortante à Clermont. Et pour les municipales, Lutte ouvrière repart en campagne pour « faire entendre le camp des travailleurs ». La liste a été déposée en préfecture le 18 février.
« Soi-disant de gauche »
Formatrice de profession, Marie Savre figurait sur la liste du rassemblement de la gauche en 2008. Pour le maire sortant socialiste, Serge Godard, c'était à l'époque une prise de guerre, histoire de faire un pied de nez à l'autre trotskiste clermontois, Alain Laffont, qui avait présenté sa candidature sous l'étiquette du NPA d'Olivier Besancenot.
Elue, Marie Savre prit tout de suit ses distances et quitta la majorité municipale dès 2010 pour ne plus voter les budgets à partir de cette date. Aujourd'hui, elle explique ce court ralliement en considérant qu' « en 2008, c'était un gouvernement de droite qui donnait les coups aux travailleurs, maintenant, c'est un gouvernement soi-disant de gauche ».
Lutte ouvrière reprend donc son autonomie et jette à la poubelle de l'histoire politique ces ralliements passés. Sur l'ensemble du territoire national, la formation trotskiste va présenter 200 listes aux municipales.
Licenciements interdits
A Clermont, « la liste est composée d'ouvriers, [...] d'employés, d'agents de service, de vendeurs, de retraités, c'est une liste qui représente des travailleurs qui ne baissent pas la tête face à la situation et qui veulent faire entendre leur camp dans ces élections », appuie Marie Savre. Et la conseillère sortante porte haut la voix de se formation, déroulant la dialectique usuelle de Lutte ouvrière. « Nous sommes tous en colère », martèle-t-elle. Une « colère » parce que « le chômage est omniprésent et plombe toutes les familles ouvrières ». Et pour ceux qui ont un emploi, « l'exploitation sociale explose et c'est ça qui crée des profits ».
Bref, « tandis qu'il y en a qui crèvent au travail, d'autres crèvent du chômage ». En face, « il y a des capitalistes qui vont très bien ». Et la candidate dénonce « les profits records » qu'ils engrangent. Et Lutte ouvrière de fustiger un gouvernement et sa politique « anti-ouvrière » qui, au travers du Pacte de responsabilité, s'apprête à faire « un cadeau de trente milliards d'euros aux plus riches qui vont vider les caisses des allocations familiales ».
Lutte ouvrière campe toujours son discours révolutionnaire, estimant représenter « le parti des travailleurs ». Et « le vote pour la liste Lutte Ouvrière est consciemment un vote d'opposition à ce gouvernement », pose Marie Savre.
Face au chômage, la formation trotskiste souhaite « interdire tout licenciement ». Pour protéger « les travailleurs » de la hausse des prix, Lutte ouvrière propose « un salaire minimum de 1 700 euros net » ainsi que la défense des services publics dans lesquels il conviendrait d'embaucher car « ils manquent de personnel ». Puis face à « la misère qui augmente », les salaries, les retraites et les allocations devraient suivre les prix. Lutte ouvrière avance l'idée d'une « échelle mobile des salaires ». Mais où trouver l'argent ? Pour cette formation, rien de plus simple, il faut « aller chercher l'argent dans les coffres-forts des bourgeois ».
« Se faire entendre »
Interrogée sur son bilan en tant que conseillère municipale sortante, Marie Savre se dit surtout « fière d'être communiste et révolutionnaire », et sa participation au Conseil municipal de Clermont n'a fait que « renforcer [ses] idées ».
Pour elle, la problématique ne se pose pas à l'échelle locale tant « les maires sont pieds et poings liés à l'Etat et les élus socialistes, ici, en sont les fidèles serviteurs ». Marie Savre pointe alors la mise en place des nouveaux rythmes scolaires et le manque de concertation avec le personnel municipal.
Elle dénonce aussi le coup de rabot imposé par l'Etat sur les dotations des collectivités - moins 1,5 milliards d'euros en 2014 et la même réduction en 2015. Marie Savre vise clairement les politiques qui sont menées au niveau national et fustige « les choix du gouvernement comme du patronat ». Du coup, la question locale arrive en bout de piste et « peu importe s'il est important ou non de construire un stade de foot », évacue-t-elle en faisant référence au projet d'agrandissement du stade clermontois Gabriel-Montpied.
Candidate aux régionales en 2004, aux législatives de 2007 et 2012, Marie Savre sera également candidate aux européenne de mai prochain. Pour les élections municipales à Clermont, elle espère « faire un score important au premier tour et se faire entendre ».
Jean-Philippe MONJOT
Une réunion publique avec Nathalie Arthaud, la représentante nationale de Lutte ouvrière, se tiendra le 5 mars prochain, à 20 h, à la Maison du Peuple de Clermont-Ferrand (place de la Liberté).