La Voix du Nord :  ​ À Denain, Lutte ouvrière décrète l’état d’urgence pour les travailleurs

PAR SÉBASTIEN CHÉDOZEAU

Autour d’Éric Pecqueur (deuxième à g.), ses colistiers Marie-Claude Rondeaux, Jacky Boucot, Marlène Wrobel et Bruno Leclercq.

La campagne des régionales a suspendu son vol depuis que l’horreur terroriste, barbare et aveugle, s’est abattue sur Paris. Refusant catégoriquement le « piège » de l’union nationale derrière laquelle se range la classe politique tout entière, Lutte ouvrière persiste à faire entendre sa petite musique révolutionnaire.

Le dos bloqué mais les idées claires, Éric Pecqueur « ne marche pas dans le jeu ». Derrière lui, c’est tout Lutte ouvrière qui fait un pas de côté pour éviter « le piège de l’union nationale ». Les attentats du 13 novembre ont ébranlé la France, le deuil national a mis entre parenthèses la campagne électorale, mais l’organisation trotskiste ne change pas une virgule de son discours : « L’émotion légitime doit laisser la place à la conscience et au combat de classe, car tous les mécanismes d’un engrenage mortel pour les travailleurs sont en place. » Hollande, Sarkozy, Le Pen, ces affreux tenants de « l’ordre bourgeois », sont renvoyés dos à dos.

La pause observée sera de courte durée, prévoit Éric Pecqueur. Au bout du compte, « on verra toujours les mêmes à la télé ». Sa musique révolutionnaire, la tête de liste LO aux régionales des 6 et 13 décembre est donc venue la faire entendre mardi à une quarantaine de personnes, dans une petite salle du Nouveau Monde, place Pierre-Baudin. Entouré de la Fourmisienne Marie-Claude Rondeaux, du Thiantais Bruno Leclercq et des Denaisiens Jacky Boucot et Marlène Wrobel, le syndicaliste ouvrier s’accroche aux mêmes antiennes : « Il n’y a qu’une seule solution pour le monde du travail, c’est revendiquer l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire. »

Le salut, c’est bien connu, passera par la révolution, mais en attendant, il transitera par les élections, un passage obligé en démocratie. LO s’y soumet « pour permettre aux travailleurs opposés au système de pouvoir le dire en votant pour nous ». Les communistes denaisiens, enfin ceux du PCF, sont venus dire un petit coucou, derrière David Audin : « Si on ne s’engage pas dans ces échéances, on ne sera pas visibles, a fait valoir ce dernier. On se bat pour réveiller la conscience des gens. » Le militantisme n’étant plus ce qu’il était, Lutte ouvrière se bat aussi pour trouver des colleurs d’affiches et des sous pour financer sa campagne. Par souci d’économie, elle n’enverra que sa profession de foi au domicile des électeurs, pas le bulletin de vote.


URL: https://ip231.ip-5-135-94.eu/en-regions/nord-pas-de-calais/presse/denain-lutte-ouvriere-decrete-letat-durgence-pour-les-travailleurs-63253.html